Froid de canards

 © Gilbert BlaisingDans nos régions tempérées, c'est en hiver que les canards «sauvages» sont le plus présents en nombre et variétés. D'ailleurs, les canard siffleurs et les Canards pilets ne peuvent y être observés qu'à cette saison. Cependant, les populations autochtones des autres espèces d'anatidés sont augmentées de façon significative ou considérable par la venue des nombreux individus ayant fui les rigueurs hivernales de l'Europe septentrional.

C'est dans ce sens que l'expression «froids de canard» prend tout son sens. Elle proviendrait des chasseurs qui avaient à souffrit du froid très vif qu'il faisait souvent pendant la période de chasse aux anatidés. Vice versa, les canards sont très gênés par les grands froids. Non pas tant dans le corps très bien adapté aux rigueurs météorologiques. Le plumage est un excellent isolant thermique et à l'entrée de l'hiver la couche de graisse sous-cutanée amassée pendant la belle saison sert de réserve de combustible.

Mais, ce sont des oiseaux d'eau. Sauf pour voler, ils se déplacent, stationnent, se toilettent et surtout se nourrissent sur et dans l'eau. Dès lors où leur milieu liquide est pris par la glace, leur vie y devient impossible. Dans ce cas, se sont les canards barboteurs les premiers touchés. Appelés aussi canards de surface car incapables de plonger, ils se nourrissent dans des eaux peu profondes. Ce sont les premières lors des gelées à se couvrir de glace. Les Sarcelles d'hiver, par exemple, sont limitées à des zones où le niveau d'eau ne dépasse pas 25 cm qui représentent la profondeur maximale qu'elles peuvent atteindre en immergeant la partie antérieur de leur corps.

Si une vague de froid se poursuit les canards plongeurs comme les Fuligules milouins et morillons risquent également d'être menacés, les plans d'eau où ils ont trouvé refuge pour hiverner pouvant se fermer complètement ou ne laisser que de rares trous d'étendue insuffisante. Dans ce dernier cas, il se produit souvent une concentration et une compétition menant à un rapide épuisement des aliments accessibles.

Les canards sont toutefois bien moins handicapés que d'autres espèces d'oiseaux par des épisodes de froids affectant de très vastes espaces. Ils sont en effet aptes à se déplacer rapidement sur de très longues distances afin de rejoindre plus au Sud ou dans l'Ouest des sites propices à leur survie.

A ce sujet est mentionné un record détenu par une sarcelle d'hiver muni d'un émetteur radio. Elle s'est déplacée de 1285 km en 24 h entre le Danemark et la France. De façon générale, les canards sont très voyageurs hormis la période de reproduction. Pendant l'hiver, leurs migrations entre régions et pays différents sont observées parfois selon des directions d'apparence incohérentes. Par exemple, il ne serait pas rare que des Fuligules milouins migrent de la France vers La Grande-Bretagne et en reviennent en plein hiver au gré de l'offre de ressources alimentaires.

Les canards hivernants sur nos étangs de Lorraine n'échappent pas cette tendance très erratique imposée en grande partie par les conditions météorologiques. Le 13.01, 1910 canards de 9 espèces différentes ont été dénombrés sur les étangs du Domaine de Lindre. Il n'est pas exclu qu'à la suite de l'installation d'un grand froid ces lieux soient désertés par cette faune sauvage.

A cet égard, la Moselle est privilégiée par l'existence des bassins tampons thermiques des Centrales

électriques de la Maxe et de Cattenom. En effet, les eaux ayant servi de refroidissement ont une température qui les exempte du gel. Les oiseaux d'eau exilés d'ailleurs par la glace peuvent donc y trouver un refuge. C'est bien ce qui a pu être constaté pendant divers hivers passés.

Créé le 10/02/2016 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net