L'inimitable vol des oiseaux



Les oiseaux partagent avec les insectes et les chauves-souris l'enviable privilège de voler. Autant les trajectoires rapides et désordonnées des insectes sont difficiles à suivre du regard et plus encore celles, nocturnes, des chauves-souris, autant les hommes ont toujours été fascinés par l'évidente adresse, vitesse et endurance avec lesquelles les oiseaux se meuvent en l'air.


Toute leur morphologie et leur anatomie contribuent à cette faculté. Bornons-nous à ce qui est d'emblée constatable:le profilage aérodynamique du corps, les ailes et les plumes. Celles-ci sont l'attribut exclusif des oiseaux. Elles ont atteint au cours de l'évolution un degré de perfection inouï.


Certes les performances de vitesse des oiseaux ont été très largement dépassées par les engins des hommes. Mais à quel prix ! Pour décoller, voler et atterrir les oiseaux n'ont besoin ni d'énormes infrastructures, ni d' hecto- tonnes de kérosène élaboré à partir du brut tiré des profondeurs de la Péninsule Arabique. Quatre grammes de graisse, accumulée naturellement en ingurgitant des insectes, suffisent à un pouillot fitis pour traverser les 1600 km du Sahara.


Bien plus stupéfiantes sont leur adresse et leur précision. Voyez les prouesses acrobatiques des grands corbeaux au-dessus de la crête de Hautes Vosges, les pirouettes louvoyantes et pivotantes de vanneaux huppés, le papillonnement "stop and go" d'un gobe-mouche gris happant un insecte qui passe devant son affût, la précision assurée d'un épervier pour se faufiler dans l'enchevêtrement végétal d'un sous-bois à la poursuite d'un merle et même "simplement" l'atterrissage d'un petit passereau à la pointe d'une branche ou au trou d'un nichoir.


On distingue le vol battu au cours duquel les ailes "rament" de manière constante, le vol à voile où les oiseaux, ailes déployées et arrêtées, se font porter par les courants ascendants de convection ( thermiques ) ou de pente et, entre les deux, le vol plané qui consiste à glisser sur l'air les ailes déployées et qui entraîne généralement une perte d'altitude. Toutes les espèces pratiquent le vol battu au moins brièvement pour décoller, atterrir ou rejoindre une colonne d'air ascendant. De même la plupart des espèces utilisent par intermittence régulière ou variable les glissés, ailes allongées.


La longueur des intervalles entre vols battus et planés est extrêmement variable d'une espèce à l'autre, de sorte que très onduleuse chez les unes comme le pic vert, la trajectoire reste quasi rectiligne chez les autres, comme celui de l'épervier. De même entre les battements d'ailes légers mais très rapides d'une hirondelle rustique et ceux tranchants et peu nombreux du vanneau huppé, il n'y a guère de comparaison comme entre le vol régulier, lent, chaloupé d'un busard cendré et le vol vibrant et droit du martin pêcheur d'Europe.


L'allure du vol est d'ailleurs un moyen d'identification des oiseaux évoluant à des distances qui occultent leurs couleurs.


L'habileté manoeuvrière, la vitesse et l'endurance sont principalement ( mais pas exclusivement ) fonction à la fois de la forme des ailes, de la puissance de leurs muscles moteurs, de leur surface portante par rapport au poids total ( la charge alaire ) ainsi que du régime alimentaire.


La cigogne blanche et la bondrée apivore, par exemple, adeptes du vol à voile, ont des ailes larges et longues. Planer sans effort à grande hauteur sur des courants ascendants répond à la nécessité pour ces oiseaux de pouvoir examiner une vaste portion de terrain à la recherche de nourriture. Au contraire, le faucon pèlerin, le faucon hobereau, les bécasseaux et chevaliers qui sont des oiseaux au vol rapide, ont des ailes étroites et pointues, voire en forme de faucille pour permettre une meilleure pénétration dans l'air. Les ailes arrondies et relativement courtes du vanneau huppé lui confèrent une remarquable capacité de manoeuvre mais aux dépens de la vitesse. Ses facultés de virevoltes le protègent des attaques de rapaces, mais lui imposent, à la vitesse maximum de 40 km à l'heure, un temps 3 à 4 fois plus long qu'à d'autres oiseaux de sa taille, comme la barge à queue noire, pour rejoindre ses quartiers d'hiver. A surface alaire comparable les mouettes planent facilement alors que les canards, 4 fois plus lourds, n'en sont capables que très brièvement à l'atterrissage.


Le vol battu consomme 10 fois plus d'énergie que la locomotion à terre et infiniment plus que le vol à voile. Le vol plané est donc pratiqué, au moins brièvement, par de nombreuses espèces comme moyen de se reposer quelque peu en interrompant un instant l'activité musculaire. L'endurance au vol est par ailleurs liée aux capacités de stockage des graisses servant de réservoir de carburant et au régime alimentaire.


Le rôle de celui-ci est parfaitement illustré par la comparaison entre la cigogne blanche et la grue cendrée, échassiers de tailles voisines qui fréquentent tous deux la Lorraine. Les cigognes blanches qui avalent une nourriture exclusivement animale, riche en protéines mais pauvre en graisse seraient incapables, le voudraient-elles, de soutenir un vol battu très prolongé. A la fin de l'été, elles mettent donc éventuellement des semaines pour se rendre en vol à voile, de thermiques en thermiques aléatoires, dans leurs zones d'hivernage en Espagne ou en Afrique. Il en est tout autrement des grues cendrées dont l'alimentation avant et pendant la migration est constituée en grande partie de céréales, voire de pommes de terre glanées dans les champs, après s'être déjà nourries de rhizomes de roseaux, de baies et d'airelles. Bien dotées en réserves de calories elles sont donc en mesure de franchir dans la journée des étapes de plusieurs centaines de km en vol battu.


Le vol des oiseaux ne finira pas de provoquer étonnement et admiration chez ceux qui leur prêtent quelque attention. Qui d'entre-nous n'a pas déjà éprouvé secrètement un sentiment d'envie en voyant hirondelles et martinets évoluer avec une suprême aisance dans le ciel, même si nous nous ne sommes pas allés jusqu'à vouloir concrétiser nos rêves éphémères et utopiques, au contraire d'Icare.


Créé le 06/10/2003 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net