Déroutants migrateurs: les limicoles

La fin de l'été est le grand moment pour observer sur les rives de nos étangs et de nos cours d'eau, ces migrateurs passionnants. Les espèces que l'on désigne par le terme limicole sont nombreuses. Quasi exclusivement, elles ne sont que de passage dans notre région.


Ayant niché dans les toundras et taïgas de Scandinavie et de Russie, ces oiseaux rejoignent tôt leurs quartiers d'hiver en Europe du Sud et de l'Ouest ainsi qu'en Afrique.


Ils ont en commun de se nourrir sur les espaces vaseux ou sableux des mers ou des eaux douces. Les marais, les tourbières, les vasières, les rivages, les lagunes, les slikkes, voire les prairies humides sont leurs domaines alimentaires. Ils y trouvent les invertébrés dont ils se nourrissent essentiellement:insectes, larves, vers, mollusques et crustacés. La plupart de ces espèces captent leurs proies en sondant la terre mouillée ou inondée. A cet effet leurs pattes et leur bec sont relativement longs, mais de taille variable d'une espèce à l'autre.


Ainsi, exploitant en grande majorité en même temps, les mêmes lieux et les mêmes aliments, elles ne sont pas en concurrence. Le courlis cendré avec son très long bec peut saisir ses proies jusqu'à 15 cm de profondeur, la barge rousse n'atteint que 10 cm, le chevalier gambette 5 cm et le bécasseau maubèche la moitié seulement.


Pour leur permettre de repérer et de trier les aliments échappant à la vue, le bec munis de corpuscules sensoriels confère à ces oiseaux la capacité tactile indispensable. La longueur significative des pattes, variable aussi d'une espèce à l'autre, leur permet au surplus de se répartir les zones de prospection en pataugeant dans des hauteurs d'eau différentes. Ce comportement différencié représente une illustration de la notion de niche écologique.


Dans notre région, nous pouvons découvrir bon an mal an une vingtaine d'espèces de limicoles lors de leur migration de printemps et surtout d'automne. Parmi elles, seul le vanneau huppé, le petit gravelot, le chevalier guignette et le courlis cendré nichent peu nombreux et pour ainsi dire confidentiellement en Lorraine. Le dernier nommé est aussi prestigieux que menacé par la raréfaction des zones humides. C'est le limicole le plus grand d'Europe et le plus caractéristique dans l'ordre dont il fait partie. Il fera l'objet du prochain article dans ce journal.


Les possibilités d'investigation seulement périodiques et courtes dans la majorité des cas, le stationnement changeant, dispersé et très localisé de ces oiseaux, rendent leur recherche aléatoire, mais captivante. Ceci d'autant plus que n'arborant plus leur plumage nuptial bien plus coloré et voyant, l'identification de ces oiseaux est rendue assez difficile dans bien des cas. Dans leur robe inter-nuptiale, il n'est pas toujours aisé de distinguer de loin un chevalier gambette d'un chevalier arlequin, une barge rousse d'une barge à queue noire. De fait, ces oiseaux regroupés en bande à ces époques, sont farouches et se tiennent à des distances de fuite importantes


C'est précisément un des intérêts et des défis que représentent l'observation des limicoles pour les ornithologues et en général, pour les passionnés d'oiseaux.

Créé le 20/08/2007 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net