Les oiseaux hivernants

Les rigueurs de l'hiver poussent les oiseaux d'Europe du Nord et de l'Est à migrer vers des régions au climat plus clément. La Lorraine, comme halte ou étape, en fait partie.

© M. Hirtz - Domaine du Lindre
© M. Hirtz - Domaine du Lindre

C'est ainsi qu'en hiver de nombreuses espèces, absentes ou moins nombreuses pendant les autres saisons, sont davantage observables dans nos contrées. La plus ou moins grande diversité et le nombre d'oiseaux qui nous visitent ainsi, varient d'une année à l'autre selon les conditions météorologiques et alimentaires des pays septentrionaux d'où ils viennent
L'intrusion massive dans notre pays en hiver 2004-2005 des jaseurs boréaux, venant pour cueillir les baies jusque dans nos jardins de banlieue, ne s'est plus reproduite depuis. Elle était imputable à une mauvaise fructification en 2004 des sorbiers des oiseleurs, dont les fruits constituent une des bases alimentaires de cette espèce dans son aire de répartition normale.


Le flux et le reflux des autres hivernants habituels est un peu plus régulier. Les pinsons du Nord apparaissent tous les ans, souvent mêlés à des bandes erratiques de pinson des arbres. Des petites bandes de grives mauvis évoluent ça et là dans les bois éloignés des habitations.


De sporadiques réunions de busards Saint-Martin perchés sur leurs dortoirs peuvent aussi être rencontrés en début et fin de journée, tandis que les rassemblements impressionnants des grues cendrées au gagnage sur des éteules de maïs sont couramment observables dans nos contrées.
Par ailleurs, bien de nos oiseaux sédentaires sont sensiblement complétés par les arrivants saisonniers du Nord et de l'Est. C'est le cas des buses variables et des corbeaux freux de façon très notable. Dans l'opinion, cet accroissement hivernal de certaines espèces de mauvaise, mais fausse réputation, prête à erreur sur l'expansion locale et durable de leurs populations. A la fin de l'hiver, les corbeaux immigrés retourneront dans leurs plaines de Russie d'où ils sont venus en majorité. Ce reflux concerne aussi une part importante des cormorans tant honnis par les pêcheurs de loisir et à plus juste titre par les pisciculteurs.


Mais c'est sur et autour des nombreux étangs de notre région que la halte ou le passage des oiseaux hivernants se manifestent dans toute son ampleur et sa variété. C'est par centaines que canards siffleurs, fuligules milouins et morillon, sarcelles d'hiver, grèbes huppés et foulques macroules y stationnent. Sur les rives se détache la blancheur immaculée des grandes aigrettes. A ces foules se joignent aussi, venus de la taïga et de la toundra, des garrots sonneurs, des harles bièvres et en petit nombre des macreuses brunes et des harles piettes à la robe étrange. Les oies cendrées y sont plus nombreuses que d'habitude. Elles cohabitent à l'occasion avec des oies rieuses et des oies des moissons. Fréquemment ont peut aussi repérer quelques individus de cygnes de Bewick et de cygnes chanteurs. Se tenant à distance, il n'est pas toujours aisé de les identifier parmi nos sédentaires et abondants cygnes tuberculeux.


Le spectacle est impressionnant. Il suffit que d'obliques rayons du soleil agitent et percent un voile de brume pour que la scène devienne féerique.


Bien sûr, au contraire de la belle saison où l'observation des oiseaux est susceptible de constituer un à-côté divertissant de la promenade dominicale, il faut en hiver une volonté et une curiosité affirmées pour affronter la bise au lieu de rester calfeutré dans un intérieur douillet.

Créé le 08/11/2008 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net