Modeste chanteur des champs

© Didier Collin
© Didier Collin

Le bruant proyer est un authentique rural. On peut le voir dans les cultures sur le bord des routes et chemins vicinaux pourvus de quelques buissons ou arbrisseaux sur leurs bords.
Au printemps, il aime à s'y percher pour égrener son chant simple et monotone. Il se tient volontiers aussi sur les fils de téléphone ou d'électricité. Sauf à se mettre à sa recherche, il passe inaperçu.
Les piétons, cyclistes et automobilistes qui le voient furtivement au loin le prennent tout au plus pour un moineau égaré, en dépit de sa taille à peine inférieure à celui d'un étourneau, mais difficile à évaluer sans repère. Le fait que son plumage ressemble à celui d'une alouette des champs ne facilite pas son identification, car l'aspect des alouettes n'est d'ordinaire pas plus connu.
Ces deux passereaux, de robes ressemblantes, se distinguent toutefois par leur chant spécifique, comme c'est le cas pour toutes les espèces. d'oiseaux.
Avec ses rudimentaires rengaines, le bruant proyer est nettement désavantagé par rapport à l'alouette dont les vocalises longues, enjouées et aériennes ont encore, pour les habitués de la campagne, valeur de signaux emblématiques du printemps. C'est pourquoi les bruants proyers, si peu attractifs et guère nombreux dans notre région, restent voués à l'anonymat, sauf pour les -ornithophiles- qui voient en eux un élément constitutif de la biodiversité, hélas en fort déclin s'agissant aussi bien des animaux que des plantes sauvages, voire domestiques et cultivés.
Comme bien d'autres espèces des milieux ruraux, le bruant proyer est affecté par les pratiques agricoles actuelles. Les pesticides empoisonnent sa nourriture, les fauches précoces sont susceptibles de détruire ses couvées, le labourage rapide après la moisson supprime les éteules où, à l'instar d'autres granivores, il trouvait encore en abondance des graines perdues,.
Pour les deux tiers de leur pitance, les bruants proyers consomment des graines de graminées et de céréales picorées à terre. Leur bec jaune pâle est en conséquence conique et puissant ; les mandibules ont des bords arqués et tranchants. En outre - et en particulier pour fournir des aliments riches en protéines à leur progéniture - ils capturent des insectes et des larves, des araignées, des mollusques et des vers de terre.
Une autre cause de vulnérabilité réside dans le fait que ces oiseaux nichent en général au sol, souvent dans des champs de céréales et de colza qui sont à présent les cultures les plus vastes et répandus dans moult régions, dont la nôtre. Il est facile d'imaginer les risques dus aux passages multiples des engins agricoles dans ces étendues intensément traités qu'ils ont été contraints d'adopter à défaut d'autres choix.
D'ailleurs, en Europe occidentale et centrale, l'espèce est en régression depuis 1960-70. Vers les années 90, elle était déjà en voie de disparition en Grande Bretagne et en forte diminution en Allemagne et en Suisse. Son aire de distribution est heureusement vaste. Elle couvre toute l'Europe, sauf une partie de la Russie. Les bruants conservent donc des chances de trouver encore des régions où subsistent des formes diverses d'agriculture qui leur sont favorables. En Europe méridionale, le proyer est encore un oiseau commun, voire abondant en Espagne.

Créé le 12/06/2011 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net