Prises de bec sans conflits

Huppe fasciée © Jean-Louis Corsin
Huppe fasciée © Jean-Louis Corsin

Le bec est commun à tous les oiseaux, mais avec de nombreuses variantes. Au cours d'une très longue évolution (70 millions d'années) les formes et structures se sont adaptées aux besoins des diverses espèces obligées à se partager, sous l'effet de la concurrence, tous les types de nourriture disponibles et les différents milieux qui les recèlent.

Une mésange est inapte à happer un poisson au contraire du héron cendré au long bec en forme de poignard qui lui interdit à l'inverse de cueillir une larve sur une ramille.

Pour extraire les insectes des écorces mortes et du bois pourri, il est préférable de posséder un instrument comme un ciseau mu par une musculature puissante. C'est le cas des pics,

On distingue d'une part les végétariens, subdivisés en herbivores comme les oies et granivores comme le pinson ainsi que d'autre part les carnivores groupant les insectivores comme le rouge-gorge, les piscivores comme le martin pécheur, les charognards comme le milan noir et les rapaces comme l'épervier ou la chouette hulotte.

Grimpereau des bois.© D. Collin
grimpereau des bois © D. Collin

Grosbec casse-noyaux © D. Collin
grosbec casse-noyaux © D. Collin

A chaque catégorie un bec approprié. Celui des granivores est en général de forme conique, alors que les passereaux insectivores sont dotés d'un bec tel une pince ou un stylet plus ou moins effilés. Celui des grimpereaux est très fin et de plus très courbe pour mieux atteindre les proies minuscules enfouies dans les minces fentes d'écorce. Pour retourner les feuilles et morceaux de bois morts à la recherche de lombrics, il faut au merle une dague plus forte.

Organe sans dents, le bec agit de façon très diverse, selon les espèces. Les fringillidés ( pinsons, verdiers, linottes…) cisaillent les graines en les coinçant entre les bords des deux mandibules, l'inférieur effectuant des mouvements d'avant en arrière. Les bruants (jaunes, des roseaux, proyers….) procèdent à la dislocation des graines à l'intérieur du bec, la mandibule inférieure comprimant les graines contre des crêtes au palais. A peine de la taille d'un étourneau, le gros-bec casse-noyaux est pourtant capable avec une force insoupçonnable d'ouvrir les noyaux de cerises, olives, prunes… pour en extraire les amandes.

Courlis cendré © D. Collin
courlis cendré © D. Collin

Toute cette diversité dans le rôle spécifique des becs est très spectaculaire lorsqu'on observe un groupe de différents limicoles se nourrissant ensemble sur une vasière d'étang. Canard souchet © D. Collin
canard souchet © D. Collin

Il n'y a point de compétition entre les espèces, car chacune dispose exclusivement de sa propre -assiette- sur le même site. Du courlis cendré au grand gravelot en passant par la barge rousse, le chevalier gambette et le bécasseau maubèche, chaque espèce explore une autre strate en fonction de la longueur du bec, allant de 15 cm pour le courlis à 1,5 cm pour le gravelot. Le bec et la langue de la plupart des limicoles sont munis de corpuscules sensorielles qui leur permettent de repérer les proies échappant à la vue. De même la langue du canard souchet comporte-t-elle des cils qui complètent les lamelles cornées du large bec pour filtrer l'eau et d'en extraire le plancton dont il se nourrit. Les puissants becs crochus des rapaces diurnes et nocturnes sont trop connus par une abondante imagerie pour devoir expliquer qu'ils servent à dilacérer leurs proies lorsqu'elles ne sont pas ingérées entières, comme les souris et mulots par les chouette et hiboux.

Créé le 14/02/2010 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net