Un rapace nocturne très confidentiel

Articles / DossiersLorraine et histoires d'oiseaux par Gilbert Blaising

Yvonnik LhomerEn Europe, la chouette de tengmalm est surtout répandue dans les forêts boréales de la Scandinavie et de la Russie. Mais, depuis quelques dizaines d'années, elle a aussi été repérée dans les massifs montagneux de France, les Hautes-Vosges alsaciennes et lorraines en particulier. Sa présence dans ces milieux rudes est considérée comme un reliquat de la dernière période glaciaire où les populations septentrionales ont été refoulées très loin dans le Sud de l'Europe épargné par les glaciers et encore pourvu de forêts.

Le nombre de ces rapaces inventorié en Alsace-Lorraine est sujet à de grandes fluctuations. Dans la décennie 2000-2009, il a atteint selon les années entre 20 à 100 couples ! Mais les investigations restent lacunaires et très ardues. Elles doivent avoir lieu de préférence en janvier / février lorsque les émissions sonores prénuptiales des mâles, qui trahissent le mieux leur présence, atteignent leur paroxysme. Or, à cette époque, les milieux à prospecter sont souvent soumis à grands froids et couverts de neige Et comble ! L'activité de ces oiseaux est exclusivement nocturne. De la naissance du jour à la tombée de la nuit, ils se reposent soit dans une loge, soit dans la ramure épaisse d'un arbres où leur plumage aux teintes d'écorce les dissimule. Dans la journée, leur repérage relève donc plus du hasard qui interdit une approche systématique.

Néanmoins, la connaissance de la répartition des Tengmalm a progressé, grâce à une prospection plus intense. Longtemps considérés comme confinés dans les Hautes-Vosges, des noyaux de population ont été découverts dans le massif du Donon et du Schneeberg, ainsi que dans les Vosges du Nord aux altitudes bien plus basses que celles de leurs bastions les plus connus.

En conformité avec leur origine sylvicole et boréale, ces chouettes affectionnent les forêts épaisses de conifères plus ou moins mêlées de feuillus. L'existence dans leurs territoires de sols dégagés, de sous-bois peu denses et de clairières leur convient très bien pour la chasse. Ces milieux plus ou moins ouverts sont propices à la capture des campagnols, mulots et musaraignes qui composent l'essentiel du régime alimentaire en toute saison.

En effet, une majorité des individus ayant été observés toute l'année dans le même secteur, cette espèce est qualifiée de sédentaire, bien qu'il ait été constaté des mouvements notables, mais encore mal cernés et dus pense-t-on à des jeunes en recherche d'un territoire.

Fait important : la présence et l'expansion territoriale des Chouettes de Tengmalm sont très étroitement liées à celles du pic noir. Les cavités creusées par ces grands pics fournissent la majeure partie des loges de nidification de ces chouettes qui n'en creusent pas et qui occupent rarement des trous naturels d'arbres. Cette -dépendance- ( ou co-évolution ? ) expliquerait l'apparition des chouettes à des altitudes et dans des milieux inhabituels autrefois. Les Pics noirs très montagnards dans le passé, se sont établis peu à peu dans les forêts de reliefs vallonnés et de plaines. C'est sans doute pour cette raison que des Chouettes Tengmalm ont été observées ces dernières années ailleurs qu'en montagne, comme en Meuse par exemple.

Très peu de nos compatriotes lorrains auront la chance d'observer dans notre région cette secrète et rare chouette, sauf à se faire guider par des connaisseurs du terrain qu'il est nécessaire d'aborder dans des conditions inhospitalières, voire pénibles. Mais de savoir seulement que ces insolites rapaces nocturnes font partie de notre patrimoine naturel, n'est-ce pas déjà un motif de satisfaction ?

Créé le 13/01/2013 par Gilbert Blaising


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