Venues de la toundra russe

Les Oies rieuses passent par milliers l'hiver dans les polders et sur les côtes des Pays Bas, de la Belgique et de la Basse-Saxe. Tous les ans, quelques poches de présence sont aussi notées en France.
C'est le cas dans la vallée de la Moselle et autour des étangs du Saulnois, ceux du Domaine de Lindre en particulier où 40 individus ont été comptés le 10 décembre dernier. En petits groupes, ces oiseaux aiment à se mêler à leurs cousines les Oies des moissons et les Oies cendrées en général plus régulières et plus nombreuses. Sur les mêmes lieux et à la même date, 960 cendrées ont été inventoriés.
Parmi les autres espèces d'oies grises, les rieuses adultes sont aisées à distinguer grâce à leurs typiques fronts blancs ainsi que leurs larges barres irrégulières et noires sur le ventre. Le bec rose et les pattes jaune orangé ou rose orangé constituent d'autres critères moins repérables à distance. Ces grands oiseaux ne sont pas très farouches, mais ils évoluent souvent sur des grandes pâtures clôturées et des vastes plans d'eau qui ne permettent pas leur approche.
Au cours de leur séjour hivernal en Europe de l'Ouest, ils consomment des graminées prises dans les prairies et les marais. S'y ajoutent du trèfle, des pousses de céréales et de légumineuse ainsi que des restes de pommes de terre et de betteraves laissées sur les éteules. Au gagnage, ils donnent plus de 100 coups de bec à la minute et consacrent 90% de la journée à se nourrir. Aux Pays-Bas et en Allemagne, leur concentration en très grand nombre n'est donc pas sans dommages pour les cultures, même si leurs prélèvements sont en majorité compensés par la régénération.
Localement en France et en particulier en Lorraine, leur présence n'a aucun impact néfaste en raison de la dispersion et du petit effectif de ces oies. Chez nous, elles représentent seulement une attraction insolite et trop rare pour les amoureux de la nature, mais hélas aussi une convoitise pour des chasseurs peu scrupuleux.
Ce n'est pas un hasard si sur la Côte d'Opale, une fois franchi la frontière belge, il n'y a que peu d'Oies rieuses et d'ailleurs aussi d'autres oies grises, alors qu'elles y trouveraient les mêmes milieux qu'elles affectionnent. Il semblerait que les oiseaux savent transmettre de génération en génération la mémoire des lieux à risques.
En mars, les Oies rieuses regagnent leur toundra natale située entre la presqu'île de Kanin et celle de Yamal en Russie. Elles y nicheront près des côtes dans les tourbières et les lacs Le nid est placé sur une petite éminence dépourvue de neige et à l'abri des eaux de fonte à venir. Il est constitué d'herbes, de lichens, de mousses et de rameaux d'arbrisseaux nains.
En juin, il recevra de 4 à 6 Sufs dont l'incubation durera environ 25 jours. A noter que la femelle couvrira les Sufs de duvet pendant ses absences pour se nourrir. Cependant, le régime de ces grands oiseaux sur leurs lieux de reproduction est encore mal connu. Ce n'est pas étonnant eu égard aux conditions inhospitalières et aux difficultés d'accès de ces extrêmes régions que peu de gens ont la possibilité de parcourir.
Alors profitons de la présence sporadique et inespérée de ces grands oiseaux dans notre région pour faire leur connaissance.

Créé le 13/01/2014 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net