Dès les premiers jours de mars, je scrute longuement le ciel au-dessus de la forêt, espérant apercevoir sa belle silhouette planer au ras des cimes ou tout là haut dans le ciel bleu.
Et puis enfin un beau matin levant la tête, j'en vois plusieurs s'élevant vers le soleil, profitant des courants thermiques qui les portent. Ils volent en décrivant des cercles plus ou moins larges, et leurs cris aigus accompagnent leur ascension... « kuil-ierr-kuil-ierr », et le vent porte au loin ces appels caractéristiques.

© Nicole BouglouanC'est le printemps. Les couples vont commencer leur parade nuptiale immédiatement. Le temps presse... ils repartent au mois d'août !
Il vient de se poser. Son plumage obscur explique bien son nom. Mais le soleil fait ressortir les bords roux de quelques plumes, formant sur ses épaules des reflets chatoyants presque dorés. La tête et le cou très clairs rayés de noir, contrastent avec le dos plus foncé. La gorge et la poitrine présentent des stries identiques, avec des nuances plus rousses. Les yeux perçants brillent d'une chaude couleur brun jaune. Le bec puissant, d'un beau jaune vif, présente une extrémité noire et crochue. Les pattes armées de serres magnifiques et habillées d'une culotte rousse, luisent aussi d'un jaune éclatant. La queue sombre, barrée de lignes plus foncées, présente un V typique, permettant l'identification en vol, lorsqu'il plane dans le ciel.

© Nicole BouglouanSon vol léger et souple fait ressortir le dessous de ses ailes, assez foncé, mais avec des marques blanchâtres près des extrémités. La queue permet de stabiliser ce beau rapace dans les airs, et lui accorde toutes sortes de postures. Il plane avec élégance, s'élève puissamment, descend brusquement ou suit des cercles invisibles qui le mènent à cent mètres d'altitude, parfois plus.

© Nicole Bouglouan
Sa virtuosité en vol explose au moment de la parade nuptiale. Les acrobaties aériennes à haute altitude se succèdent, voyant les couples monter, descendre, se poursuivre, se croiser, se toucher en vol, glisser côte à côte, parfois à des vitesses surprenantes.

© Nicole BouglouanCertaines figures sont spectaculaires. Les deux partenaires volent l'un contre l'autre, freinent au même moment du choc, tendant les serres en avant. Ou bien, le mâle va fréquemment faire un tour dans les airs, dirigeant ses pattes vers le haut, jusqu'à toucher celles de la femelle qui vole au-dessus de lui. A d'autres moments, il descend en piqué vers la femelle qui l'esquive au dernier instant. Il monte à la verticale et redescend comme une feuille morte, avec les serres accrochées à celles de sa partenaire. Toutes ces figures sont réalisées avec une ardeur hors du commun, en guise de préambule à l'accouplement.

© Nicole Bouglouan
Tout en préparant la reproduction, les préparatifs pour construire le nid vont bon train. Il faut récolter des matériaux, branches sèches, herbes, et diverses choses qui serviront de décoration intérieure, papiers, chiffons, plastiques...

© Nicole Bouglouan
L'aire du milan noir se trouve dans la fourche d'un arbre, et peut servir plusieurs années de suite.
Les accouplements et les marques de solidité du couple sont en cours. Le mâle et la femelle renforcent leurs liens chaque jour, par la parade, la cour assidue du mâle, et l'accouplement.

© Nicole BouglouanVient enfin la période de la ponte. La femelle dépose deux ou trois oeufs courant avril dans le nid fin prêt. L'incubation va durer environ trente huit jours, effectuée par la femelle. Pendant ce temps, le mâle restera aux alentours du nid, et se chargera de la nourrir.
Le milan noir n'est pas un grand chasseur, c'est pourquoi il se nourrit d'animaux morts ou blessés. Il consomme des poissons malades ou morts, des charognes, des petits mammifères, des batraciens, des mollusques, des insectes et des oiseaux, notamment les poussins dans les poulaillers, mais aussi ceux des canards qui vivent sur les mares qu'il fréquente, ainsi que ceux des oiseaux sauvages.
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© Nicole BouglouanVoici venu le moment de la naissance. Les poussins sont couverts de duvet soyeux, blanc sur la tête et le cou, avec une tache noire en travers des yeux. Le reste du corps est brun rosé, avec les parties inférieures blanches. A un mois, ils ont déjà un plumage presque complet, et ils se promènent au bord du nid. Dix jours plus tard, ils s'installent aux alentours, la femelle continuant à les nourrir. Un mois à un mois et demi après, ils sont aptes pour la migration. Leur plumage tacheté les différencie des adultes, mais ils ont déjà l'allure fière de leurs parents.

© Nicole Bouglouan
Mais avant de partir, il faut savoir se servir des ailes, et ce n'est pas une mince affaire. Les essais se multiplient au sol, en allant d'une branche à l'autre, puis un peu plus haut. Le jeune milan bat des ailes au sol pour prendre conscience de leur portée, se perche au sommet d'un arbre pour tester sa résistance au vent, bref, il fait connaissance avec ce pouvoir que les hommes ont toujours envié aux oiseaux, le vol !

© Nicole BouglouanEt le mois d'août arrive si vite ! Ils viennent de naître et déjà, il faut songer à partir ! Les juvéniles volent de plus en plus longtemps, de plus en plus haut, testent leurs virages, les diverses positions qui les aideront à franchir cette épreuve avec succès. Le ciel les appelle, avec à la clé, un hiver en Afrique tropicale.
En l'espace de quelques jours, ils disparaissent de notre région, la forêt n'entend plus leurs cris, le ciel semble vide, j'oserais presque dire qu'il nous manque quelque chose...
Le milan noir est un visiteur régulier de nos contrées. Il vit dans les forêts situées près des eaux qui lui donnent sa nourriture. Il est devenu l'un des rapaces les plus communs, fréquentant les décharges et nettoyant la nature des animaux morts aussi efficacement qu'un corvidé.

© Nicole BouglouanSa beauté, son élégance, sa virtuosité en vol, son regard perçant et ses cris fréquents, ont fait de lui un oiseau de proie attachant.
Il va me manquer cet hiver, mais l'espoir de le revoir l'an prochain, fidèle au rendez-vous, déjà me remplit de joie. Je n'oublierai pas le regard de la femelle appelant et attendant le mâle juste avant l'accouplement, et cet instant magique où les deux partenaires se sont rejoints pour assurer l'avenir de leur espèce...
Texte de Nicole Bouglouan
du site Photographic ramble
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Oiseaux, merveilleux oiseaux - Les dialogues du ciel et de la vie
par Reeves Hubert
1. Présentation : Dans ce nouveau livre, Hubert Reeves conjugue sa veine "écolo-poétique" (Malicorne) et son talent de vulgarisateur (Patience dans l'azur, etc.). Une méditation sur la nature, et tout particulièrement sur les « merveilleux oiseaux », sert de fil conducteur à une réflexion sur les racines profondes de la complexité du monde, telles que nous les révèle la science contemporaine. Le livre s'ouvre sur l'évocation d'une rencontre de l'auteur avec des adolescents en difficulté et sur une allusion aux graves problèmes de santé qu'il a connus. L'auteur, nous dit-il, a écrit pour les « lassés de l'existence » dans l'espoir de leur faire entendre l'appel du cosmos, s'adressant à chacun : « tu es toujours avec nous ». Le livre comporte 5 parties : I) La première s'ouvre sur le spectacle de la migration des oies sauvages « D'où viennent ces oiseaux majestueux ? Dans le passé le plus récent ils arrivent de la Terre de Baffin, une grande île de l'océan Arctique lieu de leur nidification estivale. Mais avant, bien avant ? Comment les oies sont-elles apparues sur la Terre ? Comment ont-elles appris à retrouver leur nid après un voyage de trois mille kilomètres ? Le but de ce livre est de décrire l'état présent de nos connaissances sur ces sujets. Grâce à l'astronomie, à la physique, à la chimie et à la biologie nous sommes en mesure d'identifier les "ferments" de cette évolution à partir du chaos primordial jusqu'à l'extraordinaire sophistication des mammifères. Ces question...
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