Chasseur ou bien pêcheur ?

L’histoire quotidienne de la vie naturelle passe par des vérités simples, néanmoins essentielles.
Ce rouge gorge familier qui se pose soudain tout près de vous, un beau lombric au bec, après avoir fouillé l’humus, vous le rappelle.
Tous, nous sommes tous prédateurs.
Les oiseaux aussi et, quelles que soient leurs différences, quelles que soient leurs préférences ou leurs aptitudes, ils savent, sans exception, qu’il faut manger pour vivre.
Pour survivre plutôt, car leur existence est rude.
D’autant plus rude que la taille de l’espèce est faible. Pénalisés par un métabolisme plus intense, les oiseaux de petite taille doivent consommer quasiment l’équivalent de leur propre poids chaque jour, comme c’est le cas chez les roitelets, alors que le héron peut se satisfaire de 15% de sa masse corporelle.
Les petits doivent donc consacrer plus de temps que les grands à la recherche de nourriture.
Les stratégies diffèrent selon l’oiseau. Certains, munis de serres et de bec crochus, poursuivent des congénères plus petits. D’autres vont à la chasse aux papillons ou , encore, à la pêche.
Mais tous, ou presque, sont éclectiques, opportunistes.
Adaptables serait le mot.


Les vrais spécialistes ne sont pas légions si l’on excepte des chasseurs comme le circaète Jean le Blanc ou le guêpier d’Europe.
On a observé ainsi le martin-pêcheur, friand de menu fretin, avec, parfois dans le bec une crevette ou bien même, à l’étonnement général, une grosse sauterelle verte.
Il partage d’ailleurs à l’occasion son perchoir avec notre ami le rouge-gorge surpris en train d’avaler, selon les normes, la tête la première, un tout petit gardon.
Des photographes animaliers pétris de talent ont témoigné encore d’une paisible cohabitation entre le balbuzard et le martin-pêcheur sur la même grosse branche des bords de Loire.
Ils peuvent être voisins sans arrière-pensées.
Aucune concurrence ne les sépare car si tous deux aiment le poisson, ils diffèrent par la taille des proies qui les intéressent.
Cette absence de concurrence est habituelle entre oiseaux. La constitution des limicoles, les capacités de leurs becs, la hauteur de leurs pattes, fait que, dans la plupart des cas, il n’est pas de conflits sur les vasières ou sur l’estran à condition tout de même que quelques règles élémentaires de courtoisie soient respectées.
Il advient, cependant, que l’éclectisme provoque des disputes.
Certains, en effet, peuvent avoir des goûts qui, lorsque la provende se fait rare, peuvent les rendre belliqueux.
Ainsi la buse variable, le milan noir rejoignent ou sont rejoints par le héron cendré dans leur recherche alimentaire.
Tous font leurs délices de ces campagnols, proies toutes désignées au marais.
Qui l’emporte en pareil cas ? Le héron, bien entendu, car quel serait l’inconscient qui pourrait oser affronter son harpon ?
Par exception, on assiste, parfois, à d’étranges compétitions qui opposent deux espèces différentes.
Le cleptoparasitime, ou vol de proies, n’est pas si rare. Des oiseaux tels que les Labbes ou les Goélands (dont certains ont été vus poursuivant avec succès un balbuzard) y excellent.
En général, les stratégies différent également.

Il est des affûteurs tels le héron, ou le martin-pêcheur dont le stoïcisme et surtout la patience sont légendaires.
D’autres chassent à vue, tels la barge ou l’aigrette garzette, assez souvent, le guêpier d’Europe, presque toujours.
Le vol est un autre mode de chasse. Il a la faveur des faucons, comme le faucon hobereau que l’on observe souvent à la poursuite les libellules.
Ou, bien évidemment, comme le faucon pèlerin, passé maître en la matière et qui peut se prévaloir de vitesses de pointe atteignant, voire dépassant les 300 kilomètres/heure.
En fonction de la taille de sa proie, il buffète (il frappe serres en avant) ou bien lie (saisit dans ses pattes) sa victime.
L’oiseau sait.
Une sarcelle d’hiver peut dormir tranquille avec un faucon pèlerin posé sur une, branche qui la surplombe d’un petit mètre, car son instinct lui indique que, faute d’élan et de vitesse, son prédateur ne représente aucun danger.
L’insecte ne semble pas instruit autant.
Une guêpe somnolant tout près d’un guêpier semble ignorer que le chasseur d’Afrique s’attaque à des proies mobiles.
Elle s’envole, donc, et ça lui est fatal.
Qui a mangé sera mangé à son tour, c’est la loi naturelle, et le sage Guêpier sait, lui aussi, qu’il doit prendre garde à l’épervier d’Europe.

Créé le 25/10/2013 par Patrick Fichter © 1996-2017 Oiseaux.net