La guilde des piscivores

Ces oiseaux, palmipèdes, témoignent, on ne peut mieux, d’un très ancien mariage avec l’eau.

Leurs palmes, en forme de festons, n’ont rien à envier à celles de leurs cousins Anséridés, oies et canards quant à l’efficacité.

On les range dans la guilde des oiseaux piscivores.

Autant de vérités à infirmer ou bien à préciser.

Très à l’aise dans l’onde, ils savent plonger sans le moindre effort. Une inclinaison de la tête suffit.

C’est pourquoi ils nous déconcertent souvent par leur rapidité.

On peut alors les retrouver aisément en suivant leurs bulles.

A terre, ils sont encore plus mal à l’aise que leurs cousins.

Ils n’aiment guère cet élément sur lequel ils sont gauches, claudiquent plus que le moins adroit des canards, qui n’est cependant pas le meilleur exemple d’élégance en ces circonstances.

Ce n’est pas, pourtant, la forme des palmes qui est en cause.

C’est bien plus leur position, très en arrière du corps, qui les handicape.

On ne peut tout avoir.

Elancés, le corps fuselé, ils s’approchent parfois de la taille d’un colvert aussi bien en ce qui concerne la taille que le poids.

C’est vrai, en tous cas, pour le plus grand d’entre eux, le grèbe huppé.

Mauvais marcheurs, ce sont également de piètres voleurs.

Ils ne semblent pas affectionner particulièrement cet exercice, et c’est pourquoi on ne saurait les ranger parmi les grands migrateurs.

A ce stade de leur cycle de vie annuel, ils se signalent essentiellement par des migrations de mue.

Confrontés, eux aussi, à la chute brutale de leurs rémiges, ils se rassemblent en grand nombre dans des endroits déserts tels la mer des Wadden, contraints et forcés de battre, malgré tout, un peu des ailes, pour vivre la vie que leur impose la nature.

Les grèbes huppés, les grèbes à cou noir sont bien connus pour ces petits voyages incontournables.

Certes, ils mangent du poisson.

Mais beaucoup moins que ce qu’en disent des esprits mal informés qui les accusent de prélèvements considérables et les vouent, par conséquent, à toutes les gémonies.

Sans savoir.

L’étude des rations alimentaires de ces oiseaux démontre, au contraire, que leur menu est plus largement composé de plantes aquatiques que de poissons.

Une remarque avant les chiffres:les offrandes se font, dans leur famille, avec des herbes aquatiques, non avec des poissons, petits ou grands.

Une piste dictée par le bon sens et l’observation.

Si le plus grand consomme quotidiennement de 150 à 200 grammes de poisson, il s’agit de petits cyprinidés (gardons, ablettes, goujons, rotengles ou perches) qui n’ont guère de valeur marchande.

Où est le préjudice ?

Il serait bien dommage d’oublier la quantité d’insectes, de larves, de petits crustacés, de minuscules mollusques, de têtards, de graines ou de plantes aquatiques qui composent la plupart de leurs repas.

Intéressons-nous, plutôt, à une particularité qui nous permettra de les mieux connaître.

Dans l’estomac de ces oiseaux, on trouve souvent quantité de plumes qui proviennent de leur propre corps. L’oiseau les arrache et les avale.

Il semble, bien que des preuves indéniables fassent encore défaut , que ce tampon feutré de plumes serve de protection contre certains parasites dangereux qui pourraient envahir son intestin, ou bien, selon d’autres auteurs, filtre les arêtes (on ne sort pas du poisson) potentiellement dangereuses pour ses parois stomacales.

Les sucs digestifs font le reste et dissolvent, outre les matières osseuses, ces plumes dont l’ingestion est constamment renouvelée.

Même les enfants suivent cette règle puisque, dès leur premier âge, les adultes leur en font avaler.

Après le grand, vient le petit. En France, parmi les 5 espèces de Grèbes qu’il nous est donné d’observer (à cou noir, castagneux, esclavon, jougris et huppé, par ordre alphabétique) on note bien des similitudes et quelques différences.

Elles tiennent bien entendu au physique avec des tailles allant de 24 à 50 centimètres et des poids variant entre 1,5 kg et 200 grammes, pour présenter les choses en ordre inverse.

Les plumages varient beaucoup et nul ne pourra oublier la si belle fleur capitale du grèbe huppé.

Chez les grèbes à cou noir, quelques chanceux pourront admirer, dans la Brenne ou ailleurs, le beau plumage nuptial qui justifie son nom.

Rien de tel pour les grèbes esclavon et jougris qui ne nichent pas chez nous.

Faut-il s’arrêter sur quelques habitudes, telles celle de l’esclavon qui affectionne l’envol plus que ses congénères, ou sur bien un signe distinctif comme le bec retroussé du grèbe à cou noir ?

Le plus fréquent est probablement le grèbe castagneux. C’est un petit bouchon fort sympathique, encore qu’il se montre souvent plus farouche que les autres.

Sans réaliser d’exploits, on peut admirer son plumage de noces, s’il le veut bien.

Mais tous sont inféodés à l’eau qu’ils ont épousée dès le berceau.

Tous sont des grèbes et mangent du poisson.

Mais si peu qu’il faudrait être bien sot pour leur en tenir rigueur.

Créé le 17/02/2016 par Patrick Fichter © 1996-2017 Oiseaux.net