Noir milan ?


Ce bien joli rapace, hautement migrateur, est certainement qualifié de noir car c’est, quand on l’observe de loin, sa couleur dominante.
Pourtant il présente de plus près bien d’autres nuances plus riches sans l’ombre d’un doute.
C’est un parent diligent, souvent inquiet, qui veille sur ses enfants tout aussi bien que d’autres.
C’est un rapace ! La vie est souvent rude pour lui et ici réside sans doute la cause des petits drames familiaux qui se jouent chaque année.
Des trois oisillons qui voient le jour dans son nid, seuls deux survivront dans le meilleur des cas.
Le puiné, moins solide, moins gourmand, périt généralement malgré les soins que lui apporte sa mère qui, attentivement, repousse ses ainés afin qu’il puisse manger à son tour.
Rien n’y fait !
Plus chétif, il tarde à se parer des premières plumes brunes que revêtent ses frères et soeurs ; il grandit moins vite et finit par mourir un matin ou un soir sans que l’on sache très bien si c’est la faim qui a mis fin à ces jours ou bien les serres et les becs encore jeunes de sa fratrie.
La vie ne fait guère de quartier, semble-t-‘il, dans le monde des prédateurs.
Il faut manger pour vivre ! Cette loi naturelle s’exerce d’autant plus fortement que l’on est proche du sommet de la pyramide.
Qui est-il vraiment ?
Sa taille est proche de celle d’une buse variable.
Mais d’autres aspects le rapprochent sans conteste de son vague cousin le vautour.
Son hiver, qui commence tôt, se passe en Afrique.
Dans ce pays si riche d’oiseaux, il se met en mouvement dès que la sécheresse s’installe, ce qui nous vaut le plaisir de le revoir dès le début mars.
L’air, sans doute, lui rappelle sa route.
Capable des plus belles acrobaties aériennes, le milan noir n’est pas capable de franchir de grandes distances en vol battu.
Suivant la loi du moindre effort, il profite des ascendances thermiques et met le cap sur Gibraltar, le chemin le plus court.
Il plane et peut ainsi, grâce à l’aide du vent, franchir jusqu’à 500 kilomètres par jour.
Volontiers chapardeur, on l’a vu se servir de poisson jusque dans le panier qu’une femme portait sur sa tête, en Afrique.
Nettoyeur, également, il fait là-bas oeuvre utile, en assurant l’enlèvement d’une partie des déchets qu’il n’est pas si facile de ramasser dans ses quartiers d’hiver.
Méfiant, il n’a pas à vrai dire peur de l’homme. Il s’installe volontiers dans son voisinage s’il y trouve de l’eau, des arbres et un peu de calme. C’est ainsi que de grandes villes comme Lyon, Marseille ou Genève abritent ses colonies.
Comme le vautour, encore, il se montre le plus souvent charognard.

Les poissons morts ou souffrants, le cadavre d’un ragondin lui tiennent souvent lieu de repas.
Mais toute règle qui se respecte comporte des exceptions.
Il arrive qu’il s’empare d’un jeune grèbe ou encore d’un caneton.
Cleptoparasite à ses heures, il se dispute avec le héron cendré dans l’espoir de lui voler son poisson.
Force reste souvent au poignard du héron.
Pire encore ! Il se spécialise parfois dans la chasse des oisillons et cause de graves dégâts aux colonies d’échasses blanches, d’avocettes ou de sternes Caugek.
Les poursuites courageuses et les cris des parents ne suffisent pas, hélas, à l’empêcher de commettre ses forfaits.
Comme l’a si bien dit Monsieur De La Fontaine - Ventre affamé n’a point d’oreilles -.
milan noir ou Noir milan ?
Comme pour tenter de se faire pardonner, il nous régale de son chant, une sorte de hennissement, considéré comme le plus beau au monde des becs crochus.
Dès les premiers pas au marais, il nous signale sa présence.
Il nous gratifie de ses acrobaties aériennes, surtout à l’époque des parades, avant le calme qui retombera sur la colonie passés les 10 premiers jours d’avril.
Deux oiseaux se livrent à des figures et soudain s’accrochent par les serres, offrant à l’observateur un bien joli spectacle.
Le milan est très expressif. Son regard change à tout instant et parcoure toute la palette des sentiments. Colère ou bien douceur, crainte ou réflexion, doute aussi.
Lorsqu’arrive la fin de mars, des trilles prolongés annoncent un accouplement.
La femelle appelait avec insistance. Le mâle a enfin entendu ses avances et soudain se pose sur son dos pour quelques secondes d’union.
Le temps de la ponte et de la couvaison commence.
Madame, qui a joué un rôle important dans l’aménagement du nid, va rester sur ses oeufs pendant 32 jours, ne s’autorisant que de rares sorties.
Son conjoint se chargera de son ravitaillement et veillera sur le nid pendant ses brèves absences.
Il faudra six semaines aux héritiers pour effectuer leurs premiers vols après leur naissance en mai.
La famille milan nous quittera tôt, en août, alors que les proies abondent encore.
Elle survolera bientôt les hippopotames dans le beau ciel d’Afrique.

Créé le 08/12/2013 par Patrick Fichter © 1996-2017 Oiseaux.net