Le passager de la pluie

Articles / DossiersAu fil de la plume par Patrick Fichter

Buffon disait ceci :" Les pluviers paraissent en troupes nombreuses dans nos provinces de France pendant les pluies d'automne; et c'est de leur arrivée dans les saisons des pluies qu'on les a nommés pluviers"
L'Etymologie nous enseigne en effet que le nom italien (Piviere) remonte au nom de la pluie; quant à son nom allemand (Regenpfeifer) il signifie "joueur de flûte sous la pluie".
Nos voisins germaniques ne sont-ils pas les tenants du romantisme ?
Certain jours, il n'y a pas de pluie, mais le pluvier argenté n’oublie pas pour autant sa flûte.
Une heure de tête à tête suffirait pour conduire à choisir un titre du genre "Au pluvier gourmand", tant son repas est abondant.
Et puis, quand le temps est venu de sortir du marais, en longeant l'eau, d'autres pluviers argentés nous accompagnent de leur cri, trisyllabique, empreint de nostalgie, et si poignant.
Voici l'occasion de parcourir ensemble sa vie, et de parler de son physique, de ses habitats, de son menu aussi.

Qui est-il donc, ce charmant compagnon ?
C'est le plus grand des pluviers.
D’un poids moyen de 200 grammes, il dépasse de 20 grammes son cousin le pluvier doré.
Comme lui, il est superbe dans sa livrée nuptiale : joues, poitrine et ventre noirs, front et épaules d’un blanc pur, son dos est brun noir, ponctué de taches blanches.
Son plumage hivernal est beaucoup plus discret avec une poitrine blanche, légèrement constellée de brun, le haut de la tête dans les bruns gris, souligné par un sourcil blanchâtre et le dos brun, pointillé de noir et de blanc.
Il est facile de confondre les jeunes oiseaux avec des pluviers dorés car leur dos est marqué de tâches jaunâtres tandis que le dessous est teinté de beige.
Au vol, il est aisé de l’identifier grâce à sa jolie tache axillaire noire.

A la différence de son cousin qui affectionne les prairies rases, les terres en friches et les labours humides, le pluvier argenté est inféodé au monde maritime, aux rivages de la mer.
Les vers polychètes composent l’essentiel de son menu, varié, parfois, par quelques petits mollusques ou de menus crustacés qu’il martèle pour les mettre en pièces.
Volontiers grégaire, notamment lors de son repos à marée haute, il est plus individualiste et volontiers querelleur à l’heure des repas, du moins envers ses congénères car il accepte bien la présence d’autres espèces.

Malheureusement, il ne niche pas en France.
C’est donc pour nous un visiteur d’hiver, notre pays ayant la visite de près de 30 000 individus qui se répartissent essentiellement le long des côtes atlantiques.
Le pluvier argenté est un migrateur au long cours !
Il ne passe, en général, que 2 à 3 mois sur ses sites de nidification situés dans la toundra arctique.
Le temps, à peine d'élever ses jeunes, et le voici reparti vers les zones d'hivernage, ce périple bisannuel pouvant lui faire effectuer, à chaque voyage, presque 12000 kilomètres.
Vous imaginez le respect qu'on porte à l'oiseau qui s'affiche dans notre viseur et qui a fait tout ce chemin pour notre bonheur ! Pour l'équilibre de sa vie et la pérennité de l'espèce, surtout, c'est l'essentiel !
Alors, parlons un peu de ses migrations que nous pouvons considérer, très en amont.
Dès le début mars, les premiers plumiers remontent vers le Sud; ces mouvements culminent à la mi-mai, et prennent fin, en Europe, au début juin.
Les premiers arrivés construisent leurs nids, dans la toundra, dès le mois de mai et jusqu'en juin.
Le grégarisme de l'espèce, qui conduit à des rassemblements importants sur la frange littorale (jusqu'à 3000 à 5000 oiseaux observés par Paul Géroudet à la pointe d'Arçay en Vendée, et j'ai eu la chance de le vérifier, habitant tout près, étant jeune) fait place au moment des amours à un individualisme bien marqué, chaque nid étant éloigné du prochain d'au moins 400 mètres.
Les 4 oeufs sont couvés, alternativement par Monsieur et Madame durant environ 26 à 27 jours, Monsieur se montrant souvent le plus dévoué; il arrive, en effet que Madame abandonne son travail avant même l'éclosion des petit nidifuges.
L'été boréal est vif, très intense, mais bref.
Dès les premiers jours de juillet et jusqu'à septembre, ces pluviers quittent la toundra pour rejoindre nos côtes européennes. Les premiers adultes sont à nos portes dès la mi-juillet; certains s’attardent le long de la mer du Nord pour accomplir leur mue, et près de 35000 oiseaux ont été ainsi observés en septembre dans le Waddenzee. Les jeunes quittent leur terre natale un peu plus tard.

Créé le 06/01/2013 par Patrick Fichter


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