Précieux costume

L’oiseau doit lutter contre le froid. Quoi qu’il advienne, la température de son corps doit être maintenue à 39°. Comme chez l’homme, des écarts trop importants auraient valeur de condamnation à mort dans la plupart des cas. Mais l’oiseau n’a pas de médecins.C’est bien pour cela, aussi, que l’apport calorique de la nourriture tient autant d’importance dans son existence.
Il doit également lutter contre ses prédateurs et, à défaut d’armes fatales, la nature l’a doté de l’exceptionnelle faculté de voler.
Symbole de liberté, cette rare aptitude est également une protection efficace conte l’adversité, car, à la différence de certains mammifères ou d’autres petits être volants comme les papillons, l’oiseau n’hiberne pas.


Sage, comme toujours, il réserve une part très importante aussi, dans son agenda, à l’entretien de son plumage.
Avant nous, l’oiseau a découvert les vertus de l’isolation.
Protection naturelle contre la froidure, les plumes, dont les plumes volières, le mettent très souvent à l’abri de chasseurs dont on comprend les raisons mais qui menacent son existence.
Mais, bien sûr, si les rémiges et les rectrices commandent le vol, chaque plume compte.
L’oiseau doit être étanche.
Il est donc facile de comprendre pourquoi il consacre, chaque jour, autant de temps à sa toilette.
Sa peau fragile serait d’ailleurs vite mise en péril s’il ne possédait pas cette sorte de cotte de mailles protectrice.
Cette tâche varie énormément selon les espèces et même, parfois, pour la même espèce.
Les passereaux fréquentent l’eau qui ne leur est pas toujours accessible, et s’y plongent sans trop s’y attarder, souvent à la recherche de la moindre flaque d’eau.
Voici qui commande une petite démarche qui consiste à placer, et à entretenir quelques abreuvoirs au jardin.
Le moineau qui s’ébroue dans cette flaque providentielle prend aussi des bains de poussière ou de sable.
Le geai des chênes, quant à lui, même s’il n’est pas le seul, est friand des bains de fourmis, qui, au prix de quelques petites piqures invitent des minuscules prédateurs qui se nourrissent des acariens susceptibles de nuire à la fois à la plume et à la peau.
Il ne suffit pas, en effet, que le plumage soit propre, il faut qu’il soit sain, et son support naturel doit être préservé aussi.
Toujours au monde des passereaux, il est un exemple remarquable. Le cincle plongeur, habitué de l’onde est le seul passereau à être doté d’une glande uropygienne.
La nature fait si bien les choses.
Quand bien même les rapaces prennent aussi leur bain, Limicoles et Anséridés sont certainement les plus familiers de cet exercice.
Il suffit de les observer attentivement pour comprendre qu’il s’agit d’une tâche essentielle, mais également d’un moment de plaisir. L’un des meilleurs témoins de cette gaité est vraisemblablement la sarcelle d’hiver dont les troupes semblent se livrer à un jeu en soulevant de jolies vagues argentines.


Le processus est assez rigoureux.
L’oiseau s’immerge et bat des ailes jusqu’à ce que le plumage soit bien mouillé ; il renouvelle ses plongeons.
A la fin de cette première étape, vient le lissage des plumes.
Saisies à leur base entre les mandibules, elles sont l’une après l’autre, lissées jusqu’à leur extrémité.
Certaines parties du plumage sont inaccessibles au bec. Prélevant le précieux sédum fourni par la glande uropygienne, l’oiseau s’enduit le dos, puis y frotte la tête.
On a longtemps pensé que cette fameuse glande servait à imperméabiliser le plumage, opinion qui a été ensuite abandonnée, car la plume est par nature hydrofuge.
La fonction du sédum serait simplement antimicrobienne.
Mais un doute peut subsister, peut-être. Tous les oiseaux sont visités par de minuscules acariens ou des champignons microscopiques contre lesquels ils luttent de différentes façons. Comment se fait-il donc que le cincle, habitant des cours d’eau, soit l’unique passereau à être pourvu de cette fameuse glande ?
Le toilettage fait très souvent place à la sieste.
Chez les Limicoles, surtout, on observe fréquemment des étirements d’ailes et de petits bonds, habitude que partagent les gravelots, les chevaliers et la bécassine des marais.
L’eau douce est beaucoup plus efficace que l’eau salée ou saumâtre car elle permet à l’oiseau de réguler les excès de sel de son organisme. Cette préférence exerce une influence sur les lieux de séjour, en particulier chez les Anséridés.
D’autres, enfin, pratiquent le nettoyage à sec. Le héron cendré possède sur la poitrine et autour du croupion de petites plaques d’un duvet poudreux, une sorte de talc. Il se poudre à la manière des courtisans d’autrefois, visant, lui, les parties maculées par la boue ou collées par le mucus gluant des poissons.
Possédant comme tous les ardéidés, un ongle muni d’un véritable peigne sur la face interne du doigt médian, il se sert de ses pattes pour nettoyer efficacement toutes les parties qu’il ne peut atteindre avec le bec.
Malgré tous ces soins, la plume s’use pourtant.
Durement sollicitées par l’effort migratoire, la recherche de proies, le nourrissage des jeunes, bien d’autres activités encore, les rectrices et les rémiges s’effritent.
L’oiseau doit changer de costume.
La mue correspond à cet impératif.
Pour certains, elle est partielle, totale pour d’autres. Progressive ou brutale.
Un phénomène connu concerne les anatidés qui perdent brutalement toutes leurs plumes de vol.
C’est une nouvelle épreuve qui les réduit à la claudication. Les voici de nouveau à la merci des prédateurs, et ils se cachent prudemment dans les carex ou les roseaux.
On le les verra plus pendant plusieurs semaines.
Particulièrement prudent, le tadorne de belon effectue une migration particulière, dite migration de mue. Elle rassemble, avant que les plumes ne soient tombées, plusieurs milliers d’individus dans des espaces sauvages et protecteurs, tels que la Waddenzee, au large des côtes allemandes.
L’époque et la durée de la mue, consommatrice d’énergie, varie selon l’espèce.
La gorge bleue à miroir prend le temps de renouveler son plumage après l’élevage des jeunes et avant de partir vers ses quartiers d’hiver.
D’autres oiseaux profitent du repos hivernal pour changer d’habit.

Créé le 30/10/2013 par Patrick Fichter © 1996-2017 Oiseaux.net