Querquedula

A en croire l’étymologie, c’est elle, Anas Querquedula, qui a été à l’origine du mot « sarcelle ».

Même Buffon a souscrit à cette idée.

Qu’elle soit ou non la mère des Sarcelles, notre amie est un grand migrateur, pétri de beauté et d’élégance.

Bien sûr, sa cousine, Sarcelle d’hiver, n’est pas dépourvue de charmes, elle non plus.

Quels seraient ses avantages, fondateurs de passion ?

Une voix de crécelle qui répond sans facteur décisif aux concerts de clochettes…

Une virgule blanche admirable mais qui peine à l’emporter vraiment sur le bandeau vert, très élégant, ornant une tête de velours des plus beau bruns ?

Sans doute, plutôt, ses magnifiques scapulaires, uniques au monde des canards, à l’exception, relative, du beau canard pilet.

Nous pouvons la voir dès février, y compris sur la glace, s’il fait froid, jusqu’en mai, lors de ce l’on nommait jadis la « passée de mai », visible au milieu de ce l’on nommait, alors, les Communaux.

C’étaient de vastes prairies verdoyantes, des zones inondables à l’eau douce d’un attrait irrésistible même pour l’anatidé le plus pressé.

Depuis, ses haltes se font plus rares et plus brèves, hormis les années chanceuses où elle veut bien s’attarder, pour notre grand plaisir, comme en cette année 2017.

C’est l’occasion rêvée, si le soleil et l’oiseau le veulent bien, de s’émerveiller devant ses splendeurs et de la voir en parade.

On penserait à tort que les parades n’ont lieu qu’une fois les oiseaux arrivés sur leurs sites de nidification.

Dès l’hiver, on peut le constater chez des oiseaux aussi différents que la Sarcelle d’Hiver, le canard souchet, ou, dans un registre différent, La Grue cendrée.

L’excitation provoquée par l’augmentation de la durée du jour avec, comme corollaire, la croissance des glandes sexuelles, expliquent de tels comportements.

Malheureusement, Querquedula, se fait rare, en général, et est considérée comme en déclin.

Pensons qu’à la fin du XIXème, elle nichait encore partout en France…

Il ne reste plus que 400 couples tout au plus.

Comparons ce chiffre avec celui de la Russie, son principal bastion qui recueille environ 400 000 couples. Mille fois plus !

Il est éminemment regrettable qu’aussi peu d’informations nous proviennent de ce pays, mais c’est aussi le cas pour de nombreuses espèces.

Voici bien un mystère préoccupant.

A l’autre extrémité de son grand périple, cette admirable Sarcelle hiverne essentiellement en Afrique de l’Ouest, au Sénégal, au Niger, mais aussi au Tchad et sur le bassin du Nil au Soudan.

Si ce petit canard, assez volontiers vindicatif, se montre particulièrement grégaire en son hiver, nous savons hélas bien que sa seconde métropole est en danger.

Aux sécheresses sahéliennes viennent s’ajouter l’urbanisation galopante, l’impact des groupes industriels et, entre autres, la culture de l’huile de palme.

Le pire est peut-être que les Africains autochtones n’en profitent guère.

Pauvre petit Canard, menacé à l’Est comme à l’Ouest par ce que l’on nomme progrès.

Hâtons-nous d’écouter ses chants, d’admirer ses parades, ses envols et ses bains.

Empressons-nous d’imprimer en grand format des images qui seront, pour nos enfants ou petits-enfants, peut-être la seule chance d’admirer la beauté authentique.

Du fond du cœur, j’espère que cette vision est teintée d’un pessimisme excessif.

J’aimerais tant avoir tort pour peu que Nature vive.

Créé le 23/04/2017 par Patrick Fichter © 1996-2017 Oiseaux.net