Rallus aquaticus

Le personnage est discret.
Farouche, furtif, toujours pressé.
Ces traits de personnalité sont assez répandus dans la famille des rallidés.
Mais lui, Rallus aquaticus, se distingue par des cris qui témoignent souvent de sa présence.
On ne le voit guère, et, pourtant, il est là.


Mais comment le savoir ?
Il suffit d’écouter. Cet oiseau, de taille modeste, se signale par ce qu’il faut désigner comme étant le cri d’un porcelet qu’on égorge.
Invisible, bien caché, dans la végétation, il manifeste ainsi sa présence en faisant montre de manifestations vocales tout à fait hors de proportions avec sa discrétion hors pair.
En quelques occasions, pourtant, qui a une grande patience, qui est assez chanceux, peut le voir lors de ses promenades en dehors des roseaux.
Le froid le fait sortir, et, parfois, il prend son bain, ou promène ses enfants.
Observons-le alors.
Il pourrait sembler tranquille, en ces occasions. Mais son oeil est vif, toujours en mouvement. Au moindre bruit, au moindre soupir, presque, à la moindre chose qui bouge ou paraît le faire, le voici qui pend ses pattes à son cou et regagne son abri.
Farouche vraiment ? On se le demande parfois. Inquiet plutôt.
Ses maigres capacités en vol justifient peut-être l’excès de précautions qu’il prend.
Pauvre vol, au ras de l’eau, pattes pendantes, pour un très bref parcours, provoqué par une botte importune ou le museau d’un chien.
Même sa timide cousine, la Gallinule, se montre moins inquiète.
Qui es-tu donc l’ami ?

Il est plutôt petit, de la taille d’une petite tourterelle, et son poids n’excède pas les 125 grammes en moyenne.
Son plumage discret, dominé par les roux et les gris, sied bien à ses moeurs casanières.
Les sous-caudales blanches tranchent avec ce costume assez terne. Le râle d’eau les agite fréquemment lors de ses rapides sorties, en signe de nervosité ou d’inquiétude encore.
Son corps fuselé, comprimé sur les flancs est parfaitement adapté à ses déplacements entre les roseaux et les carex.
L’observateur remarque vite son bec assez long, arqué, aux tonalités rouges, plus sombres sur le dessus, et ses longues pattes verdâtres ou brunâtres, tirant légèrement vers le rouge et pourvues de quatre doigts bien développés.
Et puis, bien sûr, son joli iris rouge.
Peu sociable, il défend âprement son petit lopin et les couinements dont il n’est pas avare traduisent aussi bien le maintien du contact que l’avertissement aux concurrents.
Il se satisfait de quelques ares peuplés d’herbes aquatiques et bordés par une eau peu profonde.
Le plongeon est pour lui un acte exceptionnel, mais il est bon nageur.
Actif pendant tout le jour, il passe souvent la nuit branché, quand il ne décide pas de s’offrir une petite balade au clair de lune.
Dans son assiette, on trouve principalement des insectes et des larves bien qu’il ne dédaigne pas les petits mollusques, des crustacés, voire une grenouille ou un tout petit poisson.
Mais on l’a vu, parfois, escalader un petit arbuste pour se régaler de ses baies.
Mieux encore, s’il existe, non loin de chez lui, un poste de nourrissage destiné aux passereaux, il n’hésite pas à venir picorer quelques grains de maïs.
Quand vient le printemps, le râle d’eau se prépare à fonder un foyer.
Très rares sont ceux qui ont eu le privilège d’être témoins de ses parades nuptiales. Un auteur décrit pourtant sa façon de faire - …le bec appuyé sur la poitrine, les ailes levées et la queue battante, il pivotait sur lui-même en exhibant les rayures des flancs et le blanc des sous-caudales. -
Décidemment, tu es trop timide, cher râle, car ce spectacle doit en valoir la peine.
Avec lui, le printemps est loin d’être silencieux, car la reproduction s’accompagne d’échanges vocaux qui prennent de l’ampleur à la faveur des provocations et des querelles.
Les rallidés présentent cette particularité de pondre des oeufs assez gros et nombreux pour que la ponte excède le poids du parent.
Les 7 à 10 oeufs de notre ami le râle d’eau donneront naissance, après trois semaines d’incubation, à de petits nidifuges, capables de quitter le nid quelques heures à peine après leur éclosion.
Ils ne sont pas strictement nidifuges, en fait, car, pendant une semaine au moins, ils ont encore besoin de la chaleur et des becquées offertes par leurs parents et restent donc au nid.
A l’âge de l’adolescence, immatures encore, on les reconnaît à leur plumage encore homochrome, dépourvu de rayures sur les flancs. Leur bec est moins coloré lui aussi et les pattes encores grises. Mais c’est leur oeil, surtout, qui mérite l’attention.
L’iris est généralement brun, mais sa couleur varie selon les individus, et il peut prendre une teinte vert olive qui est bien loin d’être commune.
Contrairement à son cousin des plaines, le râle des genêts, grand migrateur, le râle d’eau est essentiellement sédentaire.
Ses bien modestes aptitudes au vol ne font toutefois pas obstacle à la migration pour un certain nombre d’individus.
On connaît ses migrations de fuite qui interviennent quand un froid intense vient figer le marais.
Etonnant râle d’eau, cosmopolite aussi, qui était signalé, naguère, comme nicheur en Islande.
…Auprès des sources chaudes.

Créé le 30/11/2013 par Patrick Fichter © 1996-2017 Oiseaux.net