Rapaces

Prédateurs, ou bien oiseaux de proie, ces oiseaux restent encore mal aimés de nos jours.
Rapaces. C’est tout dire, car, dans notre belle langue française, ce mot n’est toujours pas porteur de compliments.
Il est bien temps, pourtant, en ce début de 21ème siècle, de rompre avec l’obscurantisme et les histoires de sorcières.
Pendant combien de temps encore, les chouettes effraies seront-elles clouées sur la porte des granges pour conjurer le sort, porté par le malin auquel personne ne croit plus guère ?
Il est vrai que de nos jours les vieilles granges se font rares, et qu’à défaut d’être clouées, les effraies disparaissent car les temps modernes les privent d’habitats.
L’homme qui a rompu ses liens avec la nature n’en poursuit pas moins ses nuisances, sciant sans désemparer, la branche sur laquelle il pourrait s’asseoir.


D’obsolètes fusillots abattent sans vergogne tout - bec crochu - passant à portée de leur fusil.
Combien de Balbuzards ont-ils trouvé une fin prématurée ces derniers mois, une fin aussi triste que pénalisante simplement parce qu’un - as de la gâchette - avait un compte, sans doute personnel, à régler avec un oiseau dont la tête n’avait pas l’heur de lui revenir.
Combien de faucons, combien de buses et combien de milans sont-ils morts ainsi ?
La tristesse augmente encore lorsqu’on apprend que la Justice doit rappeler très souvent le bon droit, en condamnant des responsables cynégétiques, des gardes-chasse coupables de braconnage.
Quand portera-t-elle l’opprobre sur de très hauts responsables qui s’abstiennent de faire appliquer la Loi ?
Par ignorance, par manque de temps, ou par complicité clientéliste ?
Il est des circonstances tristement atténuantes.
Ceux qui prétendent les aimer et les connaître le mieux, quelques ornithologues sans doute velléitaires ou insuffisamment formés, font échouer la reproduction du faucon pèlerin, en suivant avec trop d’assiduité, sans assez de précautions, l’évolution de ses nichées.
Ils observent avec zèle sans voir les parents qui s’enfuient, laissant les jeunes face au péril du grand corbeau qui n’en espérait pas tant, et sans savoir que, dans le meilleur des cas, ces enfants risquent fort de mourir de faim, ou de froid.
Pire encore peut-être, ces photographes sans scrupules qui pour - faire l’image - ne se préoccupent en aucune façon des risques qu’engendre leur présence pour des - sujets - qu’ils ne respectent qu’en paroles.
Assez parlé de l’homme dont on peut espérer qu’il se réveillera à temps, prendra enfin conscience des choses et des vraies valeurs.
Place à l’oiseau !


Tout en haut de la pyramide alimentaire, les rapaces jouent un rôle primordial dans la régulation des espèces et dans la sélection naturelle.
Plus souvent nettoyeurs que brigands, ils protègent la vie, en fait, en renforçant les qualités intrinsèques de leurs proies.
La prédation s’exerce le plus souvent sur les malades et les faibles.
La morale peut en souffrir sans doute.
Mais la vie ne transige pas.
Les épreuves sont nombreuses.
Migrations périlleuses, conditions climatiques parfois dures, compétitions inter ou intra-spécifiques, en occultant les facteurs exogènes, tels la présence de pesticides qui tue à coup sûr le prédateur en raison de la concentration qui se produit à chaque étage de la chaîne alimentaire.
Certes, leurs meilleurs amis les blâment, et pestent même contre eux lorsqu’ils s’emparent pour leur repas, ou pour nourrir leurs jeunes, d’oisillons dont la naissance et la croissance s’annonçaient comme des joies printanières.
Que pouvons-nous plaider contre le Grand-Duc d’Europe qui fait des festins avec les enfants du faucon pèlerin et a même la stature nécessaire pour manger leurs parents si l’occasion lui est offerte ?
De quels arguments peut-on se prévaloir contre le milan noir, généralement éboueur, quand il se livre à des crimes choquants pour nous en agressant les familles d’échasses blanches, de sternes Caugek, ou d’avocettes ?
Dame nature a ses lois que nous autres humains peinons à comprendre.
Il reste, pour l’avocat des rapaces, une ultime ressource.
Ces oiseaux sont beaux.
D’une beauté telle que même un passant béotien et trop pressé remarque souvent.
Des regards fascinants. Une élégance en vol. Des moeurs passionnantes, et puis des aptitudes qui nous laissent sans voix.
La conclusion s’impose !
Que vivent les rapaces !

Admirons-les, respectons-les, et laissons les vivre !

Créé le 21/10/2013 par Patrick Fichter © 1996-2017 Oiseaux.net