La Fauvette à tête noire

Lorraine et histoires d'oiseaux par Gilbert Blaising

Fort commune, y compris à proximité de nos habitations où résonne son chant mélodieux et éclatant, la Fauvette à tête noire est pourtant peu connue de vue, au contraire de la Mésange charbonnière et du Moineau domestique dont elle a presque la taille, mais en plus svelte.


Hormis la calotte noire brillante du mâle et celle rousse de la femelle, cette espèce possède un plumage terne où le gris domine, brunâtre sur le dos, blanchâtre sur le ventre. En somme une apparence très discrète. De plus, constamment en mouvement, elle évolue toujours sous le couvert du feuillage des buissons et des arbres. Très rarement à terre et jamais perchée à découvert et immobile, son observation est assez difficile.


Pourtant le chant sonore du mâle s'impose à notre attention déjà de loin et très souvent de près à quelques mètres de nos fenêtres. Commençant par un gazouillis varié et vif, mais assez sourd, il se termine par un refrain retentissant, flûté et nettement articulé qui dure environ 3 à 5 secondes.


La fauvette à tête noire révèle aussi sa présence par des cris d'avertissement secs et forts qui ressemblent au bruit de deux cailloux entrechoqués. Son chant peut prêter à confusion avec celui de la Fauvette des jardins, mais qui, contrairement à son nom, ne vit pas dans les jardins, mais dans les bois et forêts.


Pourvu qu'il y ait des buissons et des arbres, de la fraîcheur et de l'ombre, notre espèce est très éclectique quant à son habitat. Les massifs de feuillus avec sous-bois, les bosquets, les grosses haies, les parcs et les jardins plantés d'arbres et de buissons font son affaire, même tout près des maisons. Parmi les quatre espèces de fauvette de notre région, la Fauvette à tête noire est celle qui affectionne le plus les arbres.


Son régime alimentaire est composé d'un grand nombre d'insectes et de larves y compris des fourmis ; s'y ajoutent des araignées, des lombrics et des petits mollusques, soit plus de 100 espèces d'invertébrés. Elle est également frugivore, car elle consomme les fruits de plus de 30 espèces végétales dont des baies toxiques pour l'homme ( Belladone, Daphné etc.) Au printemps, les baies de gui sont notamment à son menu et plus tard les merises, les framboises, baies de sureau, de troène, de ronce, de chèvrefeuille, d'if etc.


Ce régime est proche d'autres passereaux à bec fin comme le Troglodyte mignon et l'Accenteur mouchet qui restent toute l'année chez nous, alors que les Fauvettes à tête noire commencent à nous quitter courant septembre pour passer l'hiver au sud de l'Espagne, en Afrique du Nord et en Afrique de l'Ouest tropicale. Depuis plusieurs années, on constate des hivernages nombreux en France méridionale, situation due peut-être au réchauffement climatique.


Dés le moi d'avril les Fauvettes à tête noire nous reviennent. En premier lieu les mâles pour occuper un territoire qui peut varier de 3000 à 10 000 m2 selon les disponibilités en nourriture évaluées. Cette appréciation, une fois de plus, infirme la légende de petite cervelle qui «colle aux plumes» des oiseaux. Possession prise, le mâle chante sans cesse et chasse avec vigueur les intrus de son espèce. En attendant la femelle, qui arrive un peu plus tard, il édifie quelques rudiments de nids. Avec ou sans son aide, la femelle construira le nid définitif à l'emplacement qu'elle aura choisi et qui est situé généralement entre 50 cm et 2m au-dessus du sol dans un buisson, de préférence toujours vert.


Les 5 oeufs, en moyenne de la ponte, sont couvés à tour de rôle par les parents pendant la journée, par la femelle la nuit. Une fois sortis des oeufs, après 13 à 15 jours d'incubation, les oisillons sont nourris et veillés assidûment par les parents. Après un séjour de 10 à 11 jours au nid, les jeunes prennent leur envol tout en continuant encore à solliciter la becquée jusqu'à leur autonomie qui ne tardera pas.


Profitons de cette saison pour faire mieux connaissance avec cet oiseau familier dont le chant joyeux et «tonitruant» contribue à sonoriser si agréablement nos jardins et à enrichir la palette musicale de la belle saison.



Texte de Gilbert Blaising
pour le site www.oiseaux.net


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