Il y a des Cygnes d'intolérance

© Didier Collin
© Didier Collin

Les Cygnes tuberculés qui ornent de leur blanche majesté, nos plans et cours d'eau ne sont pas toujours paisibles. Pour s'approprier un morceau de pain jeté par un promeneur et au printemps pour défendre leur territoire de reproduction, ils peuvent devenir très belliqueux.



© Sylvie Loison
© Sylvie Loison
Qui n'a pas déjà observé un de ces grands oiseaux, ailes bouffantes, le coup replié, les plumes hérissées fonçant sur un autre protagoniste. Si celui-ci ne s'écarte pas, c'est la lutte, chacun cherchant à mordre l'adversaire au cou. Il faut toujours s'abstenir de s'approcher d'un nid de Cygnes. Après quelques sifflements rauques de mise en garde, les adultes se précipitent sur l'intrus, animal ou humain, pour le pincer avec leur bec.


A la condition de respecter quelques distances, les hommes ne sont pas concernés par cette irascibilité. Elle se manifeste principalement entre congénères, mais aussi, hélas, contre les canards, fuligules, grèbes, foulques etc.


Une trop grande abondance de ces beaux, mais agressifs oiseaux, est donc susceptible de nuire à la biodiversité d'un étang, lac ou cours d'eau. Les autres espèces d'oiseaux, voire batraciens et reptiles sont ainsi trop perturbés, délogés, voire blessés. En grand nombre, les cygnes causent également de sérieux dégâts dans les roselières, milieux biologiquement très riches, mais déjà très réduits et rares du fait de l'homme. Essentiellement végétariens, les cygnes affectionnent en effet les pousses de phragmites.


© Grégoire Trunet
© Grégoire Trunet
De façon générale, leur alimentation est principalement constituée par les plantes aquatiques qu'ils atteignent en immergeant leur cou et l'avant du corps. La taille de leur cou met à leur portée des végétaux hors d'atteinte des Canards colverts et autres barboteurs. C'est une illustration de la notion de niche écologique.


Le cygne tuberculé est l'oiseau le plus lourd capable de voler. Son poids va de 10 à 23 kg. Celui de la femelle de l'aigle royal dont l'envergure en vol est similaire, se situe entre 3,8 et 6,6 kg.


© Christian Béchir
© Christian Béchir
Très gracieux sur l'eau, les Cygnes ont une démarche pataude sur les rives où ils aiment à se reposer et soigner leurs plumes. En dépit de leurs grandes et puissantes ailes, leur poids les oblige à courir plusieurs dizaines de mètres sur l'eau pour arriver à décoller. De même pour amerrir sont -ils contraints de surfer pattes en avant et les larges pieds palmés écartés pour se freiner. En vol, ils ne parcourent que de courtes distances pour se rendre d'un plan d'eau à un autre voisin.


Nos Cygnes ont un statut mixte, pour ainsi dire. Aujourd'hui, en liberté pour la plupart , ils sont les descendants des oiseaux captifs, éjointés et acclimatés qui ornaient, au moyen-âge déjà, les parcs seigneuriaux et qui provenaient de la capture des Cygnes tuberculés vivant originellement à l'état sauvage dans le Nord et l'Est de l'Europe. Tout en ayant perdu l'instinct migratoire et la peur de l'homme, ils ont retrouvé leurs autres comportements ancestraux.


Cygne chanteur © Jean-Michel Peers
cygne chanteur © Jean-Michel Peers


Leurs cousins, les Cygnes chanteurs et les Cygnes de Bewick, ne les ont jamais perdus. Ils ont toujours vécu uniquement sauvages dans les régions les plus septentrionales de l'Europe,. Quelques individus de ces deux espèces hivernent occasionnellement sur nos grands étangs libres de glace. Sensiblement moins trapus que nos cygnes, ils n'ont pas comme ceux-ci de caroncule noir sur le haut du bec





Alban Cordoba
© Alban Cordoba


Le caractère irritable des Cygnes tuberculés n'exclue pas autrement de très bonnes dispositions. Au cours des noces annuelles, les couples se manifestent leur attachement en se caressant les joues et en exécutant des mouvements cadencés, accompagnés de cris doux.. De plus, ils restent souvent ensembles pendant de nombreuses années, voire toute leur vie. C'est d'autant plus remarquable que l'espérance de vie de ces oiseaux peut atteindre de 15 à 18 ans De même, sont-ils des parents très attentionnés et très protecteurs, notamment contre les prédateurs de leur progéniture, principalement les renards, dont le rôle régulateur est ainsi, une fois de plus, démontré.


Créé le 04/11/2006 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net