Le déclin du Bruant jaune

© Philippe Pulce
© Philippe Pulce

Le chant triste et monotone de ce bel oiseau tend à se raréfier dans la campagne lorraine. Il était autrefois un des annonciateurs les plus communs du printemps.


Il émet en effet ses vocalises nuptiales dès le mois de février bien avant le retour des hirondelles.


Pourtant son titsi-tsi-tsi-tsi--suuu inlassablement répété et peu attrayant ne constitue guère une plaisante invitation à fêter la belle saison.


Mais, ses vocalises monocordes sont compensées par la séduction de son plumage où le jaune canari de la tête et de la poitrine domine. Ce signal lumineux supplée avec éclat le signal sonore. Comme des petits lampions, ces passereaux sont repérables de loin, ce d'autant plus qu'ils restent durablement perchés au même poste et qu'ils sont peu farouches.


© Jean-Louis Corsin
© Jean-Louis Corsin
Oiseaux des champs et des plaines cultivées avec haies, talus et bosquets, ils sont la victime des remembrements à grande échelle et des pratiques agricoles utilisant massivement des pesticides


Dans le temps, lorsque l'on se déplaçait sur les chemins de campagne encore largement bordés de haies, il était fréquent de voir un bruant jaune tous les 200 à 300 m à la cime d'un buisson. Aujourd'hui, les amoureux des oiseaux en sont presque réduits à se signaler une observation faite.


L'arrachage des haies et des buissons qui servaient d'abri à ces oiseau s'est combiné à l'éradication par herbicides et fauchages répétés des plantes sauvages, dans les cultures bien sûr, mais aussi le long des chemins, routes, talus, fossés et même dans les jachères pour éviter la montée en graines.


© Jean Charennat
© Jean Charennat
Or les Bruants jaunes, comme toutes les autres espèces de leur famille, sont en grande partie granivores. Leur bec de forme conique l'indique. Ils glanent à terre les semences et les graines. Ils sont en particulier très friands de graines de céréales qu'ils picorent au sol, n'étant pas en mesure comme les moineaux de les prélever sur les épis. Mais les moissonneuses- batteuses actuelles laissent bien moins de graines perdues sur les éteules que les anciens engins. Au printemps, les bruants suppléent à la pénurie de leur nourriture de base par la consommation de chenilles, larves, insectes, araignées etc. Cette alimentation molle et riche en protéines est en outre propice au nourrissage et au développement rapide des oisillons qui quittent déjà le nid à 9-14 jours.


© Clément Stievenart
© Clément Stievenart
C'est très tôt dans l'année que les couples se forment et que les mâles en chantant revendiquent leur territoire. La construction du nid ne commence toutefois que dans le courant d'avril. C'est alors seulement en effet, que la nature réveillée remplit assez les « rayons » de chenilles et larves pour nourrir les 3-4 rejetons affamés.


A la fin de l'été, l'instinct grégaire reprend ces oiseaux. Ils se regroupent en bandes lâches qui rodent dans les champs. Etant moins dispersés, leur observation relève alors davantage de la chance.


Les bruants jaunes sont considérés comme sédentaires dans notre région.. Cependant outre qu'ils sont très erratiques pendant la mauvaise saison, il leur arrive de la fuir sur de courtes et moyennes distances. Pour les apercevoir à cette époque, il faut savoir bien scruter la campagne ....sauf au volant d'une voiture !


Créé le 20/06/2007 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net