Le Merle noir, familier des hommes

Lorraine et histoires d'oiseaux par Gilbert Blaising

© Luis Casiano
© Luis Casiano
Tout le monde connaît le merle noir tant il est abondant dans nos jardins et parcs. Son chant puissant, flûté et mélodieux précède et domine le concert printanier des oiseaux. Il n'y a guère de lieux où il ne soit audible de l'aube au coucher du soleil. Avant la fin de l'hiver, il nous annonce déjà en musique, le printemps


© Nicole Bouglouan
© Nicole Bouglouan
Ne serait-ce que pour cette raison, il mérite notre considération et notre sympathie, malgré sa robe noire ou terne ainsi que sa banale présence.


Il n'a pas été toujours aussi proche des hommes. Au début du XIX e siècle, le merle noir était une espèce typiquement forestière, farouche et solitaire. Il n'a été noté dans les villages, puis les villes qu'à partir de 1830, à Paris à partir de 1870 seulement. Ce changement de comportement a entraîné une augmentation considérable des effectifs au point que le merle noir est devenu l'une des cinq espèces les plus nombreuses de France.


© J-Michel Peers
© J-Michel Peers
Il fréquente des milieux très divers : tous les types de forêts, les bosquets, les buissons, les haies, les landes, les marais, les rives de cours d'eau, les vergers, les jardins et les parcs jusqu'au coeur des villes. En montagne, il niche jusqu'à la limite des arbres. Au-dessus, c'est le domaine de son cousin, le merle à plastron, bien moins abondant, voire rare.


Les merles noirs sont présents dans tout l'hexagone avec une densité plus faible dans le midi. Ils aiment la fraîcheur et l'humidité. En effet, les lombrics constituent leur nourriture préférée. Ils s'alimentent d'ailleurs principalement à terre où ils détectent les larves souterraines et les vers à la vue et à l'ouï. Leurs sautillements nerveux attirent ces derniers à la surface. Egalement frugivores, ils consomment de nombreuses espèces de baies sauvages, mais aussi des fruits dans nos jardins et vergers. En compensation de ces chapardages, ils débarrassent les arbres de bien d'insectes, chenilles et larves indésirables. En hiver, ils apprécient les déchets de cuisine, les graines et les fruits pourris.


Au contraire de bien des espèces qui visitent nos jardins de façon furtive, craintive et sporadique, à l'exemple des fauvettes, grimpereaux, linottes, bouvreuils etc. le merle noir se prête tout au long de l'année à l'observation de ses moeurs, tant il familier et établi à demeure.


© Didier Collin
© Didier Collin
Il a l'air de porter des bacchantes comme nos arrières-grands-pères, lorsqu'il amasse dans son bec une multitude de brins d'herbe pour en garnir le nid. Pour le même motif, il lui arrive de tremper dans l'eau des feuilles sèches pour les amollir. Le nourrissage sous nos yeux, des jeunes après l'envol du nid, est un spectacle captivant, de même que l'ardeur mise à retourner par des coups de bec latéraux et nerveux, les débris végétaux au sol pour y dénicher vers, insectes et larves. Les forts bruissements qu'il provoque à cette occasion sont susceptibles de suggérer, à la nuit tombante en particulier, celui des pas d'un intrus dans nos parages.


De même, est-il bruyant lorsqu'il lance son cri d'alarme strident et lancinant à la vue d'un chat ou autre prédateur. En ce cas, il sert de vigile alertant les autres oiseaux. A plusieurs, les merles n'hésitent pas à harceler l'ennemi en simulant des piqués.


© Yves Thonnerieux
© Yves Thonnerieux
En effet, malgré ses apparences paisibles, c'est un oiseau de nature assez belliqueuse. Les disputes territoriales et les revendications amoureuses entraînées par la promiscuité citadine due au nombre, sont fréquentes et donnent lieu à des poursuites effrénées. Devenu plus sociable en ville, il garde encore de manière émoussée, le sens aigu et originel du territoire que possèdent toujours ses congénères forestiers. Cette différenciation de comportements entre les campagnards et les citadins se manifeste également dans l'instinct migratoire. Nos merles de jardins sont sédentaires, hormis quelques femelles. Un tiers environ des autres sont migrateurs et se rendent en septembre et octobre dans le Sud et l'Ouest de la France, voire en Espagne.


Ils reviennent en février- mars et dès lors tiennent à nouveau les rôles de premiers flûtistes dans les concerts de plein-air offerts par la Nature.



Texte de Gilbert Blaising
pour le site www.oiseaux.net


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