Il plastronne, le Rouge-Gorge familier

Articles / DossiersLorraine et histoires d'oiseaux par Gilbert Blaising


Tout le monde sait reconnaître un rouge-gorge. Au vu du roux orangé de son front, sa gorge et sa poitrine, il n'y a pas à se tromper, ce d'autant plus qu'il nous regarde, souvent de près, avec un oeil doux, comme aucun autre oiseau.


Sa silhouette rondelette et son chant cristallin un peu mélancolique qu'il nous interprète même en automne et en hiver en font donc l'ami ailé si gentil de nos jardins et parcs.


Mais l'habit ne fait pas le moine... En vérité, le Rouge-Gorge est farouchement possessif de son territoire et rapidement agressif pour le défendre contre l'intrusion de ses congénères, voire d'autres espèces qui ont le même régime alimentaire que lui : accenteur mouchet, Mésanges bleues et charbonnières. Au contraire de beaucoup de passereaux, en couples isolés pendant la nidification, mais en bande l'hiver, le Rouge-Gorge reste toute l'année intolérant et insociable. Toute l'année, il revendique son territoire, et c'est bien sûr la raison pour laquelle pratiquement toute l'année, il chante pour proclamer sa propriété.


Ce n'est pas un défaut. C'est un fait lié à une longue évolution qui l'oblige à se comporter ainsi pour assurer sa survivance. Aucun animal n'est méchant, comme on l'entend dire trop souvent. Tout au plus est-il agressif parce que stressé ou obligé de défendre son territoire et sa nourriture. C'est un effet de l'instinct de survie pour pouvoir se reproduire et assurer la pérennité de l'espèce.


Tous ceux qui aiment à croire que le Rouge-Gorge, apparaissant dans leur jardin en automne, est un fidèle revenant, doivent déchanter. Le plus souvent, c'est un autre individu venu de la forêt voisine, sa résidence d'été, ou d'un endroit de l'Europe centrale voire du Nord où l'arrivée du froid l'a poussé à rejoindre un quartier d'hiver plus clément. Les Rouges-gorges de ces régions sont des migrateurs forcés n'hésitant pas à se déplacer seul, de nuit exclusivement, par étapes, éventuellement de 200 à 300 km Il est donc vraisemblable que le Rouge-gorge venu s'installer dans votre jardin pour l'hiver soit un Polonais ou un Suédois. En matière de citoyenneté européenne, les oiseaux migrateurs ont été des pionniers depuis fort longtemps et même avant que les ancêtres de l'homme n'aient seulement émergé. Ceci leur confère des droits, n'est-il pas vrai ? C'est évidemment le cas du Rouge-Gorge, ce d'autant plus qu'il n'est à l'origine d'aucune nuisance, mais bien au contraire.


En effet, il se nourrit essentiellement d'insectes, de larves, de vers, de mille-pattes, araignées, cloportes etc. Pendant la belle saison, diverses baies complètent ce régime : mûres, framboises, fruits de sureau, d'if, de lierre, d'aubépine etc. En hiver, il trouve près des habitations divers restes alimentaires abandonnés, perdus ou posés intentionnellement. Lorsque le gel et la neige s'installent, il devient même très dépendant du nourrissage involontaire ou volontaire des hommes dont il fréquente le voisinage.


Au- delà de quelques traits de caractère peu fréquentables, cet oiseau aime, de façon un peu intéressée certes, la compagnie de l'homme. Alors rendons- le-lui bien, en le protégeant ( en particulier des chats, car il se nourrit à terre ) et en lui abandonnant quelques aliments en hiver.


Créé le 12/12/2003 par Gilbert Blaising


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