Un déclin préoccupant

Milan Royal © Didier Collin
Les naturalistes constatent depuis deux décennies une forte régression des effectifs de Milans royaux en Europe. L'Allemagne, la France, l'Espagne, la Suisse et la Suède du Sud abritent près de 90% de la population mondiale. La Lorraine fait partie des quelques régions de France où ces oiseaux de proies sont encore présents.
Le spectacle qu'offrent ces milans de par leur envergure de 1,5 m et leurs évolutions gracieuses, est fascinant ce, d'autant plus qu'ils sont devenus rares dans nos campagnes. Lorsqu'on a néanmoins la chance d'apercevoir un de ces rapaces, qui n'hésitent pas à survoler les villages en quête de nourriture, il n'y a guère de peine à l'identifier. Sa longue queue très échancrée, comme chez aucun autre oiseau de cette taille, est frappante. Les deux grandes tâches blanches sur le dessous des ailes constituent un autre signe de reconnaissance aisée.
Les Milans royaux ont un spectre alimentaire très large. Charognards, ils apprécient les bêtes mortes et leurs restes, y compris les poissons. Ces oiseaux jouent donc un rôle d'éboueurs des champs, des étangs et des routes, pour les animaux écrasés. Mais, ces milans se nourrissent également de façon éclectique d'animaux vivants petits et grands:insectes, vers, lézards, grenouilles, campagnols, rats, lapins et aussi oiseaux. Ils n'hésitent pas non plus à chaparder des aliments aux aires d'autres rapaces comme l'autour des palombes, le faucon pèlerin ou le balbuzard pêcheur En hiver, lorsque leurs proies habituelles se font plus rares, ils optent opportunément pour les décharges d'ordures à ciel ouvert où suite aux gâchis des humains, les restes de nourriture sont pléthore.
Sous l'égide de la LPO et de la Mission Rapace, un comptage hivernal est effectué chaque année dans notre région avec l'aide de naturalistes engagés. Les 10 centres d'enfouissement techniques encore ouverts sont suivis. Seulement un total de 30 individus hivernants a pu être dénombré durant de la saison en cours. Les Milans royaux sont en effet des migrateurs dits partiels. Ceux des aires de distribution les plus septentrionales partent en octobre vers le Sud, surtout en Espagne..
L'inventaire effectué le printemps dernier dans le Sud meusien et la Plaine vosgienne, pendant la période de nidification qui commence fin mars, début avril, n'a pas été plus rassurant.. Sur les 21 couples qui se sont installés, 14 seulement se sont reproduits en n'obtenant que 10 poussins à l'envol. Il est vrai que le temps pluvieux persistant à cette période était néfaste.
Au demeurant, la population de Milans royaux en Lorraine a chuté de l'ordre de 80% entre 1990 et 2000 ! Si le déclin est moindre depuis, l'espèce reste toutefois très vulnérable.
Les causes principales de cette situation sont la régression considérable des prairies de fauche et de pâturage, la diminution drastique des micro-mammifères et des insectes par l'emploi massif des pesticides et les intoxications imputables à la consommation de rongeurs tués par des anticoagulants, comme la Bromadiolone
Aussi, un Plan Régional d'Actions sur 5 ans est-il en cours d'élaboration par Loraine Association Nature (LOANA) avec le concours de spécialistes et sous le contrôle du Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel de Lorraine. Il faut espérer que tous ces efforts déployés porteront leurs fruits... à savoir un bien plus grand nombre de couples reproducteurs et d'oisillons à l'envol dans notre région.

Créé le 13/04/2014 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net