Souvenirs d'oiseaux

De l’hiver à l’automne, de l’Avocette au Verdier, la vie est palpitante.

Le temps y joue un rôle majeur.

Le temps qu’il fait, mais aussi le temps que l’on y consacre.

Lumières et assiduité enrichissent l’âme et l’esprit.

Un jour, un geai vous propose une promenade impensable. Chacun sait à quel point il est farouche.

Le voyant assez loin sur son chêne, on n’ose pas penser que la moindre chance existe de lui faire un portrait.

Si l’on occulte les lumières et l’assiduité, facteurs indispensables, la chance prend le relai, et, elle aussi, compte pour beaucoup.

Comment et pourquoi, surtout, a-t-il franchi ces quelques 50 mètres ?

Pourquoi a-t-il fallu se reculer souvent devant son empressement pour le prendre en image ?

Quelle amitié insoupçonnable l’a-t-il conduit à prendre dans son bec, cette cenelle tendue par une main fraternelle ?

Le tarier pâtre est d’humeur très changeante.

Convivial, curieux, familier à ses heures, il devient vite fuyard sans nous dire pourquoi, lui non plus.

Mais, un beau matin, au marais, il est de belle humeur.

Sans coup férir, il accepte l’approche rampante de son admirateur, se pose près de lui sur les ronces.

Estimant, à ne point en douter, n’en avoir pas fait assez, il vole et se pose non loin sur une belle fleur d’iris.

On n’y croit pas, et c’est pourtant vrai.

La lumière habite l’horizon et fait des ciels d’hiver de beaux sujets de rêve.

On aurait peine à croire, là encore, que les Bernaches Cravant, s’approcheront de cette vague forme assise qui ne leur rappelle sans doute plus la crainte de l’homme, car elle est diffuse et, surtout, immobile.

En toutes saisons, ou presque, l’Avocette qui justifie pleinement son titre d’élégante, vous offre ses vols, ses promenades, la naissance de ses enfants.

Quel oiseau ! Haute sur pattes, un bec retroussé et des teintes dans les blancs les plus riches.

Elle a vraiment tout pour séduire et y parvient sans peine.

Si l’Echasse, sa voisine de nid, ne manque pas de charmes, elle non plus, c’est le très commun Rouge-Gorge qui fait battre le cœur de l’homme resté simple quand vient décembre.

Son couple étant enfin formé, il ne songe plus aux querelles et vient souvent vous rendre visite lorsque vous prenez le temps sur son petit lopin.

Quelques onces d’affection et de patience, et il vient manger dans la main de son ami, les miettes de gâteau qu’il lui a apportées.

Le reste appartient à la surprise sans renier l’admiration.

Des oiseaux ou bien des tenues rares provoquent tout simplement l’enchantement.

Le gentil grèbe à cou noir qui prenait joyeusement son bain au début de l’hiver, revient nous voir porteur de son superbe costume de noces.

Le printemps peut bien conduire à nos portes le combattant varié en des couleurs de plumes que seuls les résidents bien plus nordiques ont, d’ordinaire, la chance de voir.

L’été venu, ce sont des oiseaux rarissimes ou très rares qui s’offrent parfois à nos regards.

Un pluvier fauve, oiseau du Pacifique qui ne fait que de très rares visites en France, est là pour célébrer le mois d’Auguste, et nous offre une halte migratoire de trois bonnes semaines.

Egaré, peut-être, par le vent, ou suivant une troupe de Pluviers dorés, il est là et s’il commence par nous faire attendre des heures sans apparaître ou presque, épuisé probablement par un si long chemin, il ne se montre pas avare de récompenses pour les patients.

Comme il est beau avec son sourcil blanc bien marqué, son bec assez long, ses hautes pattes au tibia fort développé, et cette frange de plumes blanches qui court de l’arrière de sa nuque à l’amorce de ses scapulaires !

On ne s’en lasserait jamais, mais il fallait bien qu’un jour il se remette en route.

Son souvenir en tête encore, on reprend quelques habitudes, espérant l’arrivée des premières bécassines qui auraient le bon goût d’honorer le passage dit « de la Vierge ».

Même en rêve, on n’aurait pas osé en demander autant.

Les bécassines ne sont pas là, en retard, ou bien faisant étape ailleurs.

Mais une ombre blanche arrive dans votre dos et se pose comme une fleur sur un piquet très proche pour entamer une toilette somptueuse.

Le crabier chevelu est là, en ces lieux qu’il ne fréquente, au mieux, qu’à raison d’un oiseau chaque année. Peu fréquent dans ses meilleurs cantons, il est véritablement rare ici.

C’est la chance qui tient la barre.

Ou peut-être une bonne fée.

Que dire, enfin, de ces Martins-pêcheurs qui se querellent comme leur vie l’exige, adoptent ailleurs un joli vol stationnaire ou offrent, le territoire conquis, des séries d’expressions, de regards ?

L’alphabet a quelque peu souffert, mais c’est le bonheur qui commande.

Un rêve en forme d’ailes et de plumes.

Créé le 24/10/2016 par Patrick Fichter © 1996-2017 Oiseaux.net