Sentinelle des bois

© Gabriel Rasson
© Gabriel Rasson
Lui aussi, comme le corbeau, ferait mentir le renard de la fable de La Fontaine. Son ramage ne correspond pas du tout à son plumage.


Les couleurs pastel brun rosé tout en nuances de sa robe, la barrette d'un bleu lumineux rayé de noir sur les flancs, confèrent à cet oiseau une réelle beauté qui jure avec ses clameurs dissonantes et sonores.


Communément nous n'entendons de lui que ses cris d'alarme qui, avertissant les animaux de la forêt, gênent les chasseurs et les photographes animaliers. Pourtant là ne s'arrête pas son répertoire vocal.


C'est un très bon imitateur. Il contrefait très bien les miaulements de la buse, les hululements de la chouette hulotte et les cris de divers oiseaux. Au nid pendant la couvaison, il émet un babil discret aux douces modulations de fauvette.


© Cédric Girard
© Cédric Girard
C'est dans les arbres qu'il est le plus à l'aise. Il s'y tient presque toujours à couvert et ne s'en éloigne guère. Il est d'un naturel méfiant et farouche. On l'entend plus qu'on ne le voit, sauf en vol dégingandé entre deux bosquets, au-dessus d'une clairière ou le long d'une lisière de forêt. Ce sont les bois petits et grands qui constituent son milieu, même si à l'occasion de ses emplettes, il vient aussi dans les vergers, jardins et parcs. Il préfère les feuillus et tout spécialement les chênes.


© Clément Stievenart
© Clément Stievenart
En effet, les glands de ces arbres lui procurent plus de la moitié de son alimentation. Tantôt, il les cueille encore attachés à l'arbre, tantôt après leur chute, il les ramasse au sol. Plus exactement, il en amasse plusieurs dans son gosier et son oesophage pour les dégorger et les décortiquer dans un lieu tranquille.


Il a également pour habitude de se constituer des provisions dans une fente d'arbre, un vieux nid ou dans une cache à terre sous les feuilles mortes. Certaines de ces réserves sont oubliées. Les glands germent alors sur place. Les forestiers savent que cette espèce joue un rôle important dans la régénération naturelle des chênes.


© Dimitri Crickillon
© Dimitri Crickillon
Mais le geai se régale aussi de faines, de châtaignes, de noisettes et de bien des fruits, baies et graines sauvages, voire cultivées. En outre, à raison de 25% de son alimentation, il se nourrit de gros insectes, vers de terre, limaces et petits vertébrés. Pour la nourriture des jeunes, les chenilles riches en protéines sont préférées. A l'occasion, les geais sont également prédateurs des oeufs et oisillons de passereaux, dont les effectifs ne sont toutefois pas menacés par ces prélèvement isolés.


A leur tour, ils sont exposés à la prédation de la chouette hulotte, du faucon pèlerin, de l'épervier et surtout de l'autour des palombes, mais leur nombre n'en est pas vraiment affecté. Sans l'intervention de l'homme, la nature reste bien équilibrée.


La saison hivernale, aux arbres plus dépouillés, est la meilleure période pour observer ces beaux oiseaux et ce, d'autant plus qu'en cette saison le nombre des geais sédentaires de nos régions est augmenté des individus ayant fui les rigueurs climatiques des pays nordiques. A cette époque, ces oiseaux se regroupent fréquemment en bandes. Celles-ci favorisent les contacts en vue des assortiments conjugaux futurs. Le tintamarre produit par ces rassemblements se termine lorsque les couples s'isolent et prennent discrètement possession d'un territoire propice à leur reproduction qui a lieu en avril-mai.


Cependant, ils n'abandonnent jamais leur rôle d'avertisseur au profit des animaux de la forêt.


Créé le 09/01/2007 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net