L'Epervier d'Europe, ce rôdeur furtif.

Epervier à l'affût © René Dumoulin
Epervier à l'affût © René Dumoulin

C'est en hiver que l'on a le plus de chance de voir ce rapace discret et farouche. En dehors du fait qu'il suit naturellement le mouvement des passereaux, ses proies favorites, se repliant dans les agglomérations mieux pourvues en pitance, ses effectifs, habituellement clairsemés, sont augmentés par des individus ayant fui les rigueurs climatologiques de l'Europe du Nord et de L'Est.


C'est à cette période de froids qu'il est le plus souvent possible d'apercevoir l'épervier chasser dans les jardins de nos banlieues, voire dans les parcs de la ville. Mais il faut avoir l'oeil, car il est rapide comme l'éclair en se faufilant entre les branches des arbres et les buissons pour surprendre et happer de ses griffes un oiseau inattentif. Il lui arrive aussi alors de se reposer brièvement à faible hauteur sur une branche d'arbre.

 © Jules Fouarge
© Jules Fouarge
C'est l'occasion rêvée pour l'identifier de près et de se rendre compte que sa taille est plus petite que l'on se l'imaginait. La femelle atteint tout juste celle d'un pigeon et le mâle est d'un tiers plus petit qu'elle. Ce qui frappe d'emblée, c'est l'oeil perçant et les grandes pattes jaunes habillées d'un « bermuda » de plumes. Le mâle a le dessus du corps gris ardoisé, le dessous blanc rayé transversalement de barres d'un brun roussâtre. La gorge est blanchâtre et munie de fines striés descendantes et brunes. Outre par la taille, la femelle se distingue du mâle par le dessus brunâtre et la nuque mêlée de blanc.


 © Pascal Dubois
© Pascal Dubois
En vol, sa longue queue barrée de gris et de brun foncé ainsi que ses courtes ailes arrondies sont typiques et plus encore, vue de loin notamment, sa manière d'évoluer alternant battements d'ailes rapides et courts intervalles planés.
Il ressemble, à s'y méprendre, à son cousin, l'autour des palombes dont la taille est toutefois presque du double. Celle-ci étant difficile à apprécier à distance sans repères, la distinction relève de détails qui ne sont à la portée que des initiés et assidus observateurs, ce, d'autant plus que l'Autour est extrêmement farouche, évitant toute habitation humaine, mais de plus très rare hélas, même si la Lorraine, grâce à ses nombreux et grands massifs forestiers, peut se flatter d'être encore bien placée en France au titre de ses effectifs.


 © Jean Charennat
© Jean Charennat
L'épervier est heureusement plus fréquent et s'il n'a pas de loin la puissance de son grand sosie, il en a l'extraordinaire capacité de manoeuvre en vol. Sa façon de changer brusquement d'altitude, de louvoyer autour de buissons, de faire du rase-mottes dans les prairies, de traverser un épais taillis ou de zigzaguer entre les troncs d'arbres à grande vitesse au plus près des obstacles est un sujet d'émerveillement pour qui a la chance, pas rare, d'observer ce spectacle.


Pour pouvoir exploiter au mieux ses aptitudes acrobatiques, l'épervier privilégie les paysages où alternent bois, prairies, boqueteaux, champs et chemins bordés de buissons, voire les jardins de banlieues, qui se prêtent à l'approche dérobée et à l'attaque surprise. Alors qu'il n'y chasse guère, c'est dans la forêt qu'il niche et de préférence dans celles à peuplement ancien et dense. Bien que fidèle au même site, le couple y édifie chaque année une aire nouvelle. C'est dans la forêt également qu'il emporte ses proies pour les plumer et les dévorer, généralement pas loin de son aire, sur une souche, une grosse pierre, un tas de bois régulièrement utilisés au point de trahir son « adresse » par les quantités de plumes, de pattes et de becs répandus.


 © Jules Fouarge
© Jules Fouarge
En effet, le régime alimentaire de l'épervier est essentiellement composé de passereaux, jusqu'aux merles et grives. Les campagnols mulots et autres petits mammifères, attrapés occasionnellement, représentent moins de 5% dans son alimentation. Les 4 cinquièmes des besoins sont couverts par 16 espèces des plus communes:moineau domestique, pinson des arbres, verdier, mésange charbonnière, étourneaux, merle noir etc.


Charger ce rapace de tous les maux et méfaits et en conséquence le persécuter, comme on le fait encore trop souvent, est donc bien stupide et absurde. Certes sa prédation est réelle, mais jamais et nulle part elle n'a menacé les effectifs de ses proies. A cet égard, l'épervier est infiniment moins redoutable que le chat domestique et beaucoup moins tristement efficace que les pesticides et herbicides employés massivement de nos jours un peu partout. Laissons donc ce rapace, si captivant dans tous les sens du terme, vivre sa vie dans notre environnement où il a toujours son rôle et sa place, alors que ses nuisances sur les activités humaines sont nulles.

Créé le 14/02/2004 par Gilbert Blaising © 1996-2017 Oiseaux.net