La protection du Busard Saint-Martin.

Le busard saint-martin est un élégant rapace au vol souple. On le voit souvent évoluer au ras des cultures céréalières, à la recherche de petits rongeurs et d'oiseaux nichant au sol. C'est là aussi qu'il fait son nid.
Mais ce chasseur inlassable est menacé à plusieurs titres et, si les comptages indiquent que sa population se maintient, voire, progresse en Normandie, c'est grâce aux différentes associations dont les bénévoles se mobilisent à chaque période de reproduction pour assurer la protection des poussins.


© J-Michel Peers
© J-Michel Peers
En aménageant son nid avec quelques herbes posées au sol, le busard Saint Martin expose sa progéniture aux fouines, renards et corneilles, trois de ses prédateurs traditionnels, et dont la population augmente.


L'agriculture intensive et une moisson précoce sont une autre menace, qui peut parfois décimer une couvée entière avant qu'elle ne prenne son envol. Dans d'autres régions de France, les années sans campagnols et les périodes de grande sécheresse sont un facteur supplémentaire pouvant perturber le bon développement des nichées.


Nous détenons, avec l'Espagne, 50% des effectifs nicheurs d'Europe, C'est pourquoi nous avons une très grande responsabilité envers ce rapace au niveau européen.


Il est donc utile d'observer régulièrement cette espèce dès le printemps pour localiser les nids et essayer ensuite de les protéger au mieux de ces dangers potentiels.
Le calcul est simple:il s'écoule en moyenne deux mois et demi entre la ponte (de 4 à 6 oeufs) et le premier envol. La ponte s'échelonnant de mi-mars à fin avril, les poussins sont donc vulnérables jusqu'à mi-juillet.


© J-Michel Peers
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Si l'envol est prévisible avant la moisson, on protègera simplement le nid par un grillage. Si la moissonneuse risque de passer avant l'envol de la nichée, on s'arrangera avec le cultivateur pour laisser une surface non-moissonnée autour du nid.


On intervient toujours sur le nid en respectant les cultures et en évitant de propager toute odeur véhiculée par les semelles des bottes. Les prédateurs à 4 pattes ont un flair redoutable !


© J-Michel Peers
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Dans tous les cas, il faut obtenir l'accord du propriétaire avant de pénétrer dans son champ et faire en sorte de déranger le moins possible les oiseaux.


Le nid ci-dessus et ci-contre, posé dans une pièce de blé encore vert, est sous surveillance mais pas encore grillagé. Notre visite permet de vérifier que les 3 poussins sont bien vivants. Ils ont une quinzaine de jours et commencent à se tenir maladroitement sur les pattes. Tout va bien !


Nous avons aperçu la femelle qui chassait au loin. Elle s'est posée hors de vue et n'est revenue sur le nid qu'en nous voyant repartir.


Dans la même matinée, à quelques kilomètres de là, on prévoit de poser un grillage dans un champ d'orge presque mûr, où la moisson risque de se faire avant que les poussins ne soient tous hors de danger.


Le cultivateur est d'accord pour l'installation d'un grillage et a aussi accepté de ne pas moissonner autour du nid sur quelques mètres si les oisillons sont toujours là.


Arrivés en bordure de champ, comme pour le nid précédent, nous frottons plusieurs fois les semelles de nos bottes dans l'herbe, puis d'une grande enjambée, nous pénétrons dans le champ avec le matériel.


© J-Michel Peers
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Il se compose d'environ 8m de grillage à poule de 120cm de haut, une dizaine tasseaux de 150cm, du fil de fer souple, des sardines de tente, un bon maillet et des gants de caoutchouc.


Dès l'entrée dans le champ la femelle se manifeste bruyamment, tandis que l'on aperçoit le mâle au ras des blés à quelques centaines de mètres, d'où il attendra notre départ sans intervenir.

© J-Michel Peers
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© J-Michel Peers
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Au fur et à mesure que l'on se rapproche du nid, elle se met à virevolter en passages acrobatiques, de plus en plus près, cherchant à intimider en faisant mine de piquer sur nous.


Le courage avec lequel la femelle défend ses petits malgré ce qu'elle ressent comme un danger, est très impressionnant.


© J-Michel Peers
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Arrivés au nid, on fait le compte. Il y a bien les 4 poussins de départ, plus avancés que ceux de l'autre nichée. Ils se dressent sur les pattes et commencent à écarter les ailes. Le plumage foncé remplace déjà un peu le duvet et les rectrices sont déjà bien dégagées de leur gaine.
On peut penser qu'ils seront volants dans une vingtaine de jours, mais sans doute trop tard par rapport à la récolte.


Ici, outre la pose du grillage, on confirmera au cultivateur que le périmètre de sécurité non moissonné sera vital pour cette couvée.



© J-Michel Peers
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Il faut une quinzaine de minutes à Françoise et à Frédéric pour tout installer, vérifier les attaches et s'assurer que les sardines maintiennent bien le grillage au sol.
Pendant ce temps, la femelle continue de tournoyer bruyamment. Elle s'est éloignée un peu après notre départ, puis est revenue au nid lorsque nous étions à bonne distance.


© J-Michel Peers
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Pour retrouver les nids lors des visites suivantes, parfois dans un champ immense, on mémorise quelques repères visuels hors du champ, et on fixe au bout d'un des piquets un petit bouquet de céréales qui dépasse discrètement de la surface.


Evidemment un petit GPS serait beaucoup plus sûr, car il arrive que d'une visite à l'autre ce repère soit devenu moins visible. Retrouver le nid peut alors vite devenir une vraie galère!



Bilan de la campagne 2006 menée par Françoise et son équipe pour la LPO sur la partie Est de la Haute-Normandie.

  • 11 nids ont été suivis, qui ont donné 28 jeunes à l'envol.
  • 4 nichées ont été protégées et donnent 12 jeunes à l'envol.
  • 1 nichée a subi une prédation humaine.
  • 2 cas de cannibalisme.
  • 1 jeune presque volant a été retrouvé mort dans son enclos (pas d'explication)
  • 1 jeune a été victime d'un prédateur.
  • 24 oiseaux ont été bagués par Claude, bagueur du CRBPO de l'Eure pour le compte du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris.

© Rein Hofman
© Rein Hofman
Par la discrétion de son vol ondulant au ras des cultures, le busard saint-martin est un rapace fascinant, presque secret. Sa présence donne de la vie à de vastes étendues souvent monotones.


Il est très facile de distinguer le mâle (ci-contre) de la femelle, donc d'appréhender les différents comportements de l'un et de l'autre, à commencer par la parade nuptiale, puis la période où la femelle disparaît pour couver et est nourrie par le mâle, jusqu'à ce qu'elle le rejoigne après l'éclosion pour chasser, elle aussi, et nourrir ses poussins.


Le busard saint-martin est une espèce dont le maintien des effectifs est aussi une affaire humaine. Si vous le souhaitez, vous pouvez aider localement les associations de protection des oiseaux lors de ces campagnes. C'est à la portée de tous ceux qui aiment les grands espaces et acceptent de consacrer un peu de temps à mieux connaître et apprécier cette espèce. C'est une expérience que vous ne regretterez assurément pas!


Créé le 09/09/2006 par Jean-Michel Peers © 1996-2017 Oiseaux.net