Miaou !

Mais que peut donc faire ce chat sur cette lagune dont je m’approche ?

Il a sans conteste la voix forte car déjà, à cent mètres, j’entends bien ses miaulements.

Avec un timbre pareil, il doit s’agir d’un chat noir.

Mais la méprise s’estompe car le fameux chat s’éclipse, faisant place à un oiseau dont la tête est bien noire, en effet.

Mais il vole, cet oiseau ! C’est normal ! Qui, d’ailleurs, a jamais vu un chat voler ?

Tout dépend, direz-vous, du sens que l’on donne au mot « voler »…

Un oiseau, encore considéré, à juste titre, comme rare en France fait donc étape sur le petit domaine qui m’est familier.

La mouette mélanocéphale, puisque c’est d’elle dont il s’agit, se signale avant tout par ce cri, pourquoi ne pas dire ce chant, moins rude, moins agressif, plus suave et plus charmant que celui sa proche cousine, la mouette rieuse, avec laquelle on la confond souvent.

Il est bien surprenant que ces appels de chat n’aient pas été plus souvent signalés dans la littérature…

Très légèrement plus grande que sa cousine, cette Mélano, terme amical, se distingue également par sa tête noire de Jai et le dessin de la calotte qu’elle porte sur la tête.

Plus large, le dessin courre plus franchement sur l’arrière de la nuque et cherche à occuper le plus de place possible au moment de rejoindre la gorge.

Le bec, assez fort, est rouge, de même que les pattes.

Voici une mouette aux allures de Goéland, avec un bec plus fort et des envols moins rapides, plus souples que ceux de la rieuse.

Elle connaît bien la nécessité des parades, elle aussi, leur donnant une forme assez différente et toujours bienvenue pour qui veut s’instruire de la vie des oiseaux.

Y aura-t-il pour autant un nid, plusieurs, puisque la Mélano niche en colonies, des colonies mixtes qu’elle partage volontiers avec sa cousine rieuse, les deux oiseaux étant également grégaires ?

Un accouplement ne constitue pas une preuve certaine de nidification.

On a vu, déjà, sur les mêmes lieux, des appariements sans lendemains.

Mais notre amie ne niche guère en France, avec quelque 2000 nids seulement dont la Camargue profite pour l’essentiel, et qu’il est sage de comparer aux 200 000 dont peut se prévaloir l’Ukraine.

La nouvelle est maintenant confirmée, avec l'installation de deux couples qui ont construit leurs nids. C'est une première en Aquitaine.

Elle nous fournit, il n'y a aucun doute, bien des occasions de réflexion.

Un couple s'est d'abord vu chassé de son nid par les mouettes rieuses, opportunistes, mais pourquoi donc ?

Et puis, on observe, avant chaque accouplement une sorte d’offrande inversée:la femelle plonge le bec dans le gosier du mâle, sollicitant une régurgitation à laquelle Monsieur consent.

Souvent, cet oiseau se rend au bain, pendant lequel il semble plus énergique, plus enthousiaste que la mouette rieuse, et bat très souvent des ailes.

Chez lui ce bain est plus fréquent.

Des heures d’observation ne suffisent pas toujours à expliquer ces choses.

Toutefois, il semble acquis que la parfaite maturité sexuelle et les tenues qui lui correspondent n’interviennent chez la mouette mélanocéphale qu’au deuxième hiver, donc à son troisième printemps.

Le bec en est probablement le signe extérieur le plus visible.

Uniformément rouge, parfois taché discrètement de jaune chez les oiseaux plus jeunes, il se remarque, chez les individus parvenus à pleine maturité, grâce à une barre noire qui précède immédiatement la pointe.

On peut donc en déduire que les premiers candidats à la nidification étaient jeunes encore, donc inexpérimentés.

Le couple suivant s'est installé avec succès. Il est le fait d’un mâle pleinement mature qui, bien entendu, ne s’en laisse plus conter.

Le mystère semble s’éclaircir un peu, au fil du temps.

Un peu seulement.

Car bien des choses restent à confirmer, à prouver, et à comprendre.

Comment et pourquoi ?

Suivant les sages paroles de Jacques Monod, il est assez flagrant que chez l’oiseau rien ne se produit par hasard, mais par nécessité.

Des heures d’attention et de réflexion restent clairement nécessaires pour tenter de savoir comment s’explique cette nécessité.

Créé le 29/04/2016 par Patrick Fichter © 1996-2017 Oiseaux.net