Courlis cendré

Numenius arquata - Eurasian Curlew

Systématique
  • Ordre
    :

    Charadriiformes

  • Famille
    :

    Scolopacidés

  • Genre
    :

    Numenius

  • Espèce
    :

    arquata

Descripteur

Linnaeus, 1758

Biométrie
  • Taille
    : 60 cm
  • Envergure
    : 80 à 100 cm.
  • Poids
    : 475 à 1360 g
Longévité

32 ans

Distribution

Distribution

Description de la famille

Les Scolopacidés constituent, avec les Charadriidés, un groupe d'oiseaux appelés limicoles, c'est à dire littéralement "oiseaux de rivages". Les Scolopacidés sont majoritairement des oiseaux migrateurs de l'hémisphère nord, mais seul le continent antarctique en est dépourvu. Ce sont des ois... lire la suite

Description identification

Les courlis sont de grands limicoles au long bec incurvé vers le bas. Avec une longueur de plus de 50 cm, une envergure d'un mètre environ et un poids pouvant dépasser le kilo, le Courlis cendré est le plus grand d'entre eux. Son bec arqué, qui lui a valu son nom spécifique "arquata", mesure 10 à 15 cm. Celui du mâle (10 à 12,4 cm) est plus court que celui de la femelle (13 à 15,2 cm), ce qui constitue un dimorphisme sexuel permettant de reconnaître le sexe des oiseaux sur le terrain. Par ailleurs, à plumage identique, le mâle est légèrement plus petit que la femelle. Il est cependant difficile de sexer un oiseau isolé, sans point de comparaison ; cela requiert une certaine habitude.
L'oiseau paraît brun de loin, avec le dessous plus clair. De près, on saisit toute la complexité du plumage. Les parties supérieures sont couvertes de plumes brunes munies, suivant leur emplacement, d'ourlets, barres, indentations ou stries beige roussâtre. La tête, le cou et la poitrine sont roussâtres, striées de brun. La gorge est blanche. On note un léger effet calotte du fait du dessus de la tête un peu plus sombre. L'œil sombre est cerclé de blanc. Le bec est brun avec la base de la mandibule inférieure rose. Les flancs blancs montrent des dessins bruns en forme d'ancre. Le ventre est blanc. La queue est nettement barrée.
Sur un oiseau en vol, le blanc du croupion, remontant en pointe sur le dos, se voit bien car il contraste avec le brun du dessus. En vue inférieure, les ailes sont pâles et mouchetées de brun clair. Les pattes grises dépassent légèrement la queue.
Les oiseaux de la sous-espèce orientalis sont globalement plus pâles avec le dessous moins marqué de sombre, en particulier les ailes.
Le juvénile est davantage chamois, avec les flancs moins marqués, et son bec est plus court.

Indications subspécifiques 3 Sous-espèces

  • Numenius arquata arquata (w, n and c Europe)
  • Numenius arquata orientalis (w and c Siberia to Manchuria)
  • Numenius arquata suschkini (w Kazakhstan to sw Siberia)

Noms étrangers

  • Eurasian Curlew,
  • Zarapito Real,
  • Maçarico-real,
  • Großer Brachvogel,
  • Nagy póling,
  • Wulp,
  • Chiurlo maggiore,
  • Storspov,
  • Storspove,
  • hvizdák veľký,
  • koliha velká,
  • Storspove,
  • kuovi,
  • Grootwulp,
  • becut eurasiàtic,
  • Fjöruspói,
  • kulik wielki,
  • (kuitala), kluite,
  • veliki škurh,
  • Большой кроншнеп,
  • Gajahan besar,
  • ダイシャクシギ,
  • 白腰杓鹬,
  • นกอีก๋อยใหญ่,
  • 大杓鷸〔白腰杓鷸〕,

Voix chant et cris

Le nom "courlis" vient du cri habituel de l'espèce, un "coouu hi" bisyllabique sonore qui est autant un cri de contact qu'un cri d'avertissement. L'un des cris d'inquiétude forte, un "wa wa wa wa wa" prolongé, n'est pas sans rappeler un des cris du corlieu, celui que l'on entend de la part de migrateurs par exemple, avec néanmoins une tonalité moins élevée et moins musicale. Le cri d'alarme forte est une succession rapide de notes puissantes de tonalité élevée "tchi wi wi wi wi wi uh". D'autres cris sont intraduisibles.
Le chant, émis lors du vol de parade, est sonore et spectaculaire. Il commence par une suite de "coui" puissants et prolongés, puis passe à une succession des notes roulées pouvant aller jusqu'au trille en fin d'émission.

Habitat

Le Courlis cendré est un oiseau des milieux très ouverts et le plus souvent humides. Il se reproduit dans des habitats assez divers qui ont en commun une vue dégagée, un sol meuble et profond et une grande diversité végétale. Ainsi les marais et tourbières, prairies, landes plus ou moins humides, marais côtiers, etc. peuvent être occupés. Relativement récemment, il s'est adapté aux grandes prairies agricoles, mais les pratiques modernes sont en train de se retourner contre lui. Il peut fréquenter les champs en périphérie, mais uniquement pour se nourrir ou parfois y passer la nuit. Mais il n'y niche pas.
Au passage et en hivernage, on l'observe volontiers sur les vasières, qu'elles soient littorales (estrans, slikkes, hauts-fonds intertidaux) ou de l'intérieur (sebkhas, grands plans d'eau en vidange par exemple), dans les milieux herbacés littoraux (schorres), les estuaires, les bassins d'inondation, les grandes plaines agricoles. Le parc national du Banc d'Arguin en Mauritanie, avec ses immenses vasières accueillant de très nombreux limicoles, est un bon exemple de milieu favorable.
Les courlis ont l'habitude de se rassembler pour la nuit en dortoirs populeux. Ce sont des endroits proches des zones d'alimentation mais hors d'eau. Ce peut être des hauts de plage, des îlots émergés, des éminences au milieu des inondations, etc., mais ce peut être également des endroits tout à fait artificiels comme des digues ou des barrages, des marais salants, des bassins industriels, etc.

Comportement traits de caractère

Le Courlis cendré est un oiseau farouche qui craint l'Homme. Il se tient toujours sur ses gardes et à la moindre alerte, prend son envol. Mais un observateur averti et prudent pourra observer sans trop de difficulté ce grand oiseau arpentant la prairie d'un pas décidé ponctué de haltes au cours desquelles il sonde le sol humide de son long bec courbe et sensible à l'extrémité.
C'est un oiseau grégaire en dehors de la saison de reproduction. Il forme des groupes qui peuvent être importants en migration, en particulier dans les haltes migratoires, ou sur les lieux d'hivernage.
En revanche, en période de reproduction, les couples sont territoriaux et se partagent les terres favorables en gardant leurs distances. Le retour d'hivernage a lieu de février à mai suivant la latitude. En France, les premiers adultes sont sur les lieux de reproduction dès la fin février, mais la reproduction elle-même, plus tardive, commence en avril. Entre temps, les prairies favorables s'animent de leurs vols de parade et de leurs chants, très démonstratifs. Plus tard, en cours de nidification, on les surprend souvent à poursuivre en plein ciel les rapaces et autres gros oiseaux survolant le territoire et considérés comme des dangers potentiels. À ce moment là, il vaut mieux éviter soi-même de venir en perturbateur dans la prairie, au risque de voir les œufs finir dans le gosier d'une corneille, toujours à l'affût de "bons coups". En cas d'échec de la reproduction, les adultes quittent rapidement les lieux pour ne plus y revenir. En revanche, en cas de réussite de la couvaison, les adultes deviennent très sensibles et réagissent vivement en alarmant à tout ce qui pourrait menacer les jeunes. Peu après que les jeunes soient volants, les familles quittent les lieux jusqu'à l'année suivante.
À partir de ce moment, le grégarisme reprend le dessus. Il se concrétise en particulier par la constitution de dortoirs nocturnes qui peuvent grouper des centaines de courlis dans des sites particuliers, y compris artificiels comme des bassins industriels en Lorraine par exemple, tout ceci bien sûr dans un but de protection contre la prédation terrestre.
Le vol : Le vol du Courlis cendré est direct et rapide, avec des battements réguliers et soutenus des ailes triangulaires assez longues et arquées, bien adaptées aux vols de longue distance de ce migrateur. Il use également du vol plané, au moment de se poser ou alors lors des vols de parade.

Alimentation mode et régime

Le Courlis cendré se nourrit essentiellement d'invertébrés capturés sur le sol ou dans le substrat dès lors que son bec peut s'y enfoncer. Les proies se recrutent parmi les annélides, les mollusques, les arthropodes et marginalement les petits vertébrés. Il sonde de son long bec muni de cellules sensorielles les sols meubles ou détrempés, les vases et autres milieux riches en organismes vivants. Il se nourrit à l'occasion de baies et de graines, de céréales par exemple. Dans les secteurs prairiaux où il niche, le courlis consomme essentiellement des insectes et des lombriciens. Sur les lieux d'hivernage maritimes, il exerce sa prédation sur la ressource disponible, à savoir les vers marins de la classe des Polychètes, les petits crabes et les mollusques. On a pu montrer que le régime variait alors suivant le sexe du fait de la longueur du bec, plus court chez le mâle. Les mâles se tournent de préférence vers les crabes alors que les femelles recherchent volontiers les mollusques bivalves, plus profondément enfouis dans le substrat.

Reproduction nidification

La période de reproduction du Courlis cendré commence par des parades nuptiales destinées à la formation puis à la cohésion des couples territoriaux. Le mâle émet son chant sonore lors du vol nuptial. Ce vol comprend une phase ascendante rapide et raide avec force battements d'ailes vigoureux et se poursuit par une longue descente planée au cours de laquelle retentit le chant qui finit en trille. Au sol, le mâle suit la femelle qui s'esquive, le manège pouvant durer des jours jusqu'à ce que la femelle soit réceptive et consente à l'accouplement. Le lieu de la nidification est probablement choisi par la femelle qui "essaie" plusieurs endroits en tournant sur elle-même et en s'aplatissant au sol tandis que le mâle l'observe. L'endroit choisi est en principe une partie un peu plus élevée du territoire, à l'abri d'une subite inondation et d'où le couveur peut avoir en début de couvaison une vue dégagée dans toutes les directions.
Le nid est construit sommairement de quelques herbes sèches déposées à même le sol. La femelle y pond en moyenne 4 œufs (3 à 5) d'un brun olive sombre, tachetés de brun plus foncé, qu'elle couvera, occasionnellement relayée par le mâle, pendant 27 à 29 jours. Le nid est réputé introuvable du fait de l'homochromie des œufs. Comme chez tous les nidifuges, les éclosions sont quasi-simultanées, ce qui permet aux pulli de quitter le nid ensemble. Les poussins se nourrissent seuls après quelques jours seulement mais ne prendront leur envol qu'au bout de 32 à 38 jours. Dans les pays nordiques, leur élevage revient davantage au mâle, ce qui permet à la femelle de quitter les lieux plus tôt afin de se refaire une santé. En France, la femelle prend en charge la quasi-totalité de la couvaison et ne quitte généralement pas ses petits avant qu'ils ne soient presque volants. Le mâle est quant à lui principalement chargé de leur protection pendant toute cette période.

Distribution

Le Courlis cendré est une espèce eurasiatique dont l'aire de reproduction s'étend aux latitudes tempérées des îles Britanniques à la région de l'Amour en Extrême-Orient, sans toutefois atteindre le Pacifique, et du nord de la Scandinavie au sud de la France et de l'Ukraine et au nord de la Mongolie. La sous-espèce orientalis occupe la partie orientale de l'aire à partir de la Sibérie centrale.
L'aire d'hivernage est disjointe, excepté en Europe de l'Ouest où l'espèce s'observe en hiver autour de la Mer du Nord, de la Manche et sur la bordure atlantique. Elle s'étend le long de tous les littoraux méridionaux, littoral méditerranéen, ensemble des côtes de l'Afrique, de la péninsule arabique, du sud et du sud-est de l'Asie (de la Corée au nord à l'Indonésie au sud), mais pas de l'Australie. Les grands bassins d'inondation et grandes zones humides de l'intérieur du continent africain et du sud du continent eurasiatique sont également occupés (bassin du Niger, bassin de l'Indus,...).

Menaces - protection

Statut de conservation IUCN
Eteint
Menacé
Préoccupation
mineure
Éteint
à l'état sauvage
Quasi
menacé
Non
évalué
EX EW CR EN VU NT LC NE

Jusqu'à il y a peu, l'espèce était considérée comme non menacée. Mais récemment, elle est entrée dans la catégorie des espèces vulnérables du fait de plusieurs facteurs ayant un impact négatif sur sa démographie.
Son statut mondial est "quasi-menacé". En Grande-Bretagne, après une chute de 48% de ses effectifs en 20 ans, le Courlis cendré vient tout juste d'intégrer la liste rouge nationale. Il est question de lui donner la priorité absolue en matière d'actions de conservation.
Prenons l'exemple de la France. La population nicheuse vient d'être classée "vulnérable" (statut probablement encore trop optimiste car aucune mise à jour fiable des effectifs nicheurs - et donc des tendances - n'étant disponible depuis de nombreuses années, ce sont des chiffres anciens qui ont été repris dans l'analyse). La population hivernante est quant à elle considérée comme non menacée.
En cause, les pertes d'habitat dus aux changements en cours dans l'occupation et la gestion des sols et des espaces. Le Courlis cendré a connu une période faste en s'adaptant aux prairies de fauche extensives qui ont longtemps prévalu. Malheureusement, l'agriculture s'est modernisée, mécanisée pour plus de rentabilité et les pratiques modernes, notamment l'ensilage et l'enrubannage, menacent à terme le maintien de l'espèce.
Sur ses lieux de reproduction traditionnels, le Courlis cendré est victime :
- du retournement des prairies de fauche au profit de la culture, pendant longtemps primes à l'appui. C'est ce qui a provoqué par exemple la disparition de l'espèce d'Alsace, les rieds ayant été transformés en champs de maïs,
- du drainage asséchant les prairies,
- du roulage des prairies au printemps visant à supprimer les taupinières et autres aspérités du sol, et pouvant entraîner une destruction de couvées précoces,
- de l'apport d'intrants, fertilisants en particulier, qui stimule la croissance de la couverture herbacée (qui devient trop haute et trop dense pour l'élevage des nichées) et qui également fait chuter la diversité végétale si précieuse au courlis. Par ailleurs, la fertilisation des parcelles est source de nombreux dérangements, parfois rédhibitoires si la ponte avait déjà eu lieu,
- de la fauche de plus en plus précoce des prairies, corrélativement aux changements climatiques en cours, qui réduit à néant la nidification du courlis. La pratique de l'ensilage ou de l'enrubannage permet de stocker le produit des fauches d'avril-mai et se révèle tout particulièrement néfaste.
Pour contrer ces effets négatifs ont été mises en place depuis un certain nombre d'années des mesures agri-environnementales permettant d'appliquer aux zones majeures de nidification du Courlis cendré (et du Râle des genêts, victime au même titre que le courlis) une gestion agricole adaptée. En contrepartie de compensations financières, les agriculteurs volontaires acceptent de faucher plus tardivement leurs parcelles pour permettre aux nichées de prendre leur envol.
Il y a également le problème de la chasse. A la suite d'un moratoire portant jusqu'en 2018, l'espèce y échappe sur les lieux de reproduction, mais pas sur les voies de migration ni en hivernage (elle est chassable sur le Domaine Public Maritime, en France). Or, du fait de l'évolution négative de son statut, sa chasse devrait être prohibée en tout temps et partout.

Iconographie

plus de photos

Références utilisées

Autres références utiles

Fiche créée le 28/04/2017 par Jean François © 1996-2017 Oiseaux.net