
Plus blanc que blanc, la Nature sait faire sans les détergents- toujours nouveaux- dont elle a horreur autant que du vide. L'immaculée blancheur des Grandes Aigrettes constitue la preuve de ce pouvoir.
De la taille des Hérons cendrés, bien connus de tous, elles ne peuvent être confondues ni avec eux, ni avec aucun des autres échassiers visibles dans notre région. En dehors du grand bec jaune et des longues pattes jaunes et noires, la Grande Aigrette est entièrement blanche. Son long cou mince, son attitude dressée au repos et la pureté de son plumage lui confèrent un air de noblesse. 
© René LortieEn vol, grâce à ses battements d'ailes lents et souples, elle est encore très élégante.
Il y a une dizaine d'années seulement, ces grands échassiers ne pouvaient être que très rarement observés dans notre région. Puis au fil des années, ils sont apparus régulièrement et en plus grand nombre sur les étangs du Saulnois, devenus des étapes de leur migration, voire des sites d'hivernage. Ainsi, à présent, plusieurs dizaines de ces oiseaux peuvent être vus sur l'étang de Lindre à partir de fin septembre.
Le spectacle offert par ces grandes silhouettes blanches, se détachant sur fond de paysage dépouillé et morne, est insolite et un peu irréel. Pour en profiter, les jumelles sont indispensables, car ces oiseaux farouches se tiennent à distance des hommes y compris de leurs installations et de leurs bruits. Le vacarme d'un coup de fusil de chasse est fatal à leur présence, comme à celui de la multitude des oiseaux qui séjournent sur certains de ces étangs propices à leur quiétude et à leur sauvegarde.

© Nicole Bouglouan Autant le Cygne tuberculé, tout blanc également, exprime plutôt la puissance et la majesté repues d'un monarque, autant la Grande Aigrette symbolise la sveltesse et la grâce frugales et réservées d'une reine. Elle est un des grands oiseaux les plus silencieux. C'est tout à son avantage, car lorsque sa voix se fait entendre, ce sont des cris aigres et sonores qui jurent avec l'apparence de finesse qu'elle offre autrement.
La Grande Aigrette a failli devenir la victime de sa beauté, au point de frôler l'extinction au début du siècle dernier. 
© Jean-Philippe ParisLa mode féminine faisant alors grand usage de plumes d'oiseaux, les rafles des chasseurs plumassiers allaient lui être fatales. Le retournement du goût vestimentaire et les mesures de protection adoptées en faveur de cette espèce, l'ont sauvée. Cependant, il y a dix ans encore leur population européenne était évaluée à moins de 1000 individus. Avec un tel effectif, même assurément en progression depuis, cette espèce reste vulnérable. Ceci d'autant plus que ses aires de reproduction sont très localisées et bien réduites à l'échelle de notre continent. Ce sont essentiellement le lac de Neusiedl entre l'Autriche et la Hongrie, les deltas du Danube, du Don et de la Volga.

© Jean CharennatTraditionnellement, ces grands échassiers migrateurs hivernent dans le delta du Pô, sur les côtes des pays balkaniques, de la Turquie et de la Tunisie. Depuis quelques années, de petites populations s'installent notamment dans la Dombes et en Camargue pendant la mauvaise saison. Il est probable que nos visiteurs locaux y descendent lorsque le gel interdit à ces piscivores l'accès à leur nourriture. Dans leurs principaux sites d'hivernage, ces grands et bien visibles oiseaux restent toujours exposés aux habitudes de braconnage pratiquées ancestralement et encore trop tolérées dans ces contrées méditerranéennes.
Raison de plus pour aller admirer sur nos étangs ces magnifiques oiseaux et pour leur souhaiter bonne chance sur leurs lieux de séjours hivernaux.
Texte de Gilbert Blaising
pour le site www.oiseaux.net
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Oiseaux, merveilleux oiseaux - Les dialogues du ciel et de la vie
par Reeves Hubert
1. Présentation : Dans ce nouveau livre, Hubert Reeves conjugue sa veine "écolo-poétique" (Malicorne) et son talent de vulgarisateur (Patience dans l'azur, etc.). Une méditation sur la nature, et tout particulièrement sur les « merveilleux oiseaux », sert de fil conducteur à une réflexion sur les racines profondes de la complexité du monde, telles que nous les révèle la science contemporaine. Le livre s'ouvre sur l'évocation d'une rencontre de l'auteur avec des adolescents en difficulté et sur une allusion aux graves problèmes de santé qu'il a connus. L'auteur, nous dit-il, a écrit pour les « lassés de l'existence » dans l'espoir de leur faire entendre l'appel du cosmos, s'adressant à chacun : « tu es toujours avec nous ». Le livre comporte 5 parties : I) La première s'ouvre sur le spectacle de la migration des oies sauvages « D'où viennent ces oiseaux majestueux ? Dans le passé le plus récent ils arrivent de la Terre de Baffin, une grande île de l'océan Arctique lieu de leur nidification estivale. Mais avant, bien avant ? Comment les oies sont-elles apparues sur la Terre ? Comment ont-elles appris à retrouver leur nid après un voyage de trois mille kilomètres ? Le but de ce livre est de décrire l'état présent de nos connaissances sur ces sujets. Grâce à l'astronomie, à la physique, à la chimie et à la biologie nous sommes en mesure d'identifier les "ferments" de cette évolution à partir du chaos primordial jusqu'à l'extraordinaire sophistication des mammifères. Ces question...
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