L'oiseau : une vie d'efforts

Quelle est l’espérance de vie d’un oiseau ?

On parle d’oiseaux centenaires, mais, en vérité, même si des écarts importants sont constatés, les chiffres réels sont moins impressionnants.

Les passereaux ont en général une existence assez brève avec seulement 4 ans pour le Roitelet à triple bandeau, 7 ans pour le Pivert ou 15 ans pour le Martin-pêcheur qui, grâce à sa large fécondité, parvient à compenser les énormes pertes dues aux hivers rigoureux.

Chez les rapaces, on peut citer la Bondrée Apivore qui atteint presque les 30 ans ; mais le Goéland argenté fait encore mieux avec 32 ans en moyenne.

Le record est détenu par certains Albatros qui dépassent la cinquantaine.

Tout commence par de lourds efforts pour voir le jour en brisant la coquille de l’œuf à coups de diamant, cette petite pointe cornée qui occupe à cette fin l’extrémité du bec

.

Les choses se présentent ensuite bien différemment selon que le poussin appartient à la famille des nidicoles ou à celle des nidifuges.

Les oiseaux nidicoles naissent nus et aveugles.

Dans leur cas, c’est surtout à leurs parents qu’il convient de penser, car, après une incubation parfois longue, ils auront la lourde tâche de les nourrir.

D’abord au nid, bien entendu, mais encore un certain temps, qui se chiffre en semaines, après leur envol.

Ainsi, par exemple, le Guêpier d’Europe, couve-t-il ses œufs pendant 21 jours, et les oisillons font un séjour dans leur terrier qui dure pratiquement un mois. Après leur sortie, ils seront encore alimentés par leurs géniteurs pendant trois semaines.

Plus fort encore, le Balbuzard pêcheur fait face à une couvaison de 37 jours en moyenne tandis que ses rejetons ne prendront leur envol que 52 jours après leur éclosion.

Ce n’est vraiment pas une sinécure.

La nature étant bien faite, on comprend que l’instinct commande aux descendants de ne point se presser pour atteindre la maturité sexuelle et devenir à leur tour parents.

Chez la Grue cendrée, par exemple, le délai sera de 3 ans, voire 4 ans.

Son histoire est particulière car la première migration aura lieu en famille, les jeunes restant en compagnie de leurs parents jusqu’à la fin de l’hivernage et plus encore puisqu’on voit au sein des groupes plusieurs oiseaux de 2 ou 3 ans.

A l’opposé peut se situer le Martin pêcheur qui peut devenir père dès l’âge de 9 mois ; connaissant les possibles rigueurs de l’hiver à venir, le mot d’ordre consiste à produire du bébé.

Tout semble plus simple dans la famille des nidifuges.

Au premier jour, aussitôt secs, les jeunes gambadent et partent à la recherche de nourriture.

Bien sûr, il faut les aider un peu, et surtout les protéger, contre la chaleur ou le froid, et aussi contre les prédateurs.

L’avocette élégante le sait bien, elle qui voit parfois ses poussins croqués par une conjuration de mouettes rieuses quand il ne s’agit pas du milan.

Et d’ailleurs, n’a-t ‘on pas cité le cas d’un huîtrier pie qui aidait à ouvrir les bivalves son enfant déjà âgé de 6 mois ?

D’autres épreuves vont suivre.

Il y aura, pour tous, la mue, et, pour certains, la migration.

Du reste, les choses s’entrecroisent parfois puisqu’il existe des migrations de mue.

Le cas le plus connu est celui du Tadorne de Belon qui pourrait sembler avoir perdu sa boussole quand, à la fin juillet, il se dirige vers le nord contrairement à ceux qui volent vers le sud à la même période.

Loin d’avoir perdu la tête, notre Tadorne rejoint les immensités désertiques de la mer des Wadden pour effectuer la mue de ses plumes volières qui vont tomber brutalement.

Tranquillement, il va renouveler son plumage avant de remonter (si l’on ose dire) vers le sud courant décembre.

Dans tous les cas, la mue coûte beaucoup d’énergie à l’oiseau.

Au surplus, l’incapacité plus ou moins totale de voler le met à la merci des prédateurs prêts à profiter de l’aubaine.

A la croisée des chemins entre mue et migration, chaque oiseau a sa propre stratégie ; muer avant de migrer ou bien choisir l’inverse.

Un plumage usé ne facilite guère les déplacements ; voici ce qui explique le choix du Guêpier (et de nombreux autres avec lui) de faire sa mue à la fin de la période de reproduction, avant d’entamer un grand voyage.

L’oiseau est un athlète, et l’on reste stupéfait devant les distances que parcourent certains.

Quelques records peuvent servir de repères:le Traquet motteux, petit passereau de 25 grammes fait chaque année un aller-retour de 30 000 kilomètres.

La Sterne arctique, le seul oiseau à connaitre dans la même année deux étés polaires, parcourt plus de 70 000 kilomètres lors de son cycle annuel.

Que dire enfin de la prodigieuse résistance de ces barges rousses capables de franchir d’une seule traite les 12 000 kilomètres qui séparent l’ouest de la l’Alaska de la Nouvelle Zélande ?

Douze mille kilomètres sans repos ni nourriture.

Il est acquis que la cause principale des migrations se trouve dans la raréfaction de la ressource alimentaire.

L’oiseau la gère avec un sens certain de l’anticipation.

Si les Guêpiers ne quittaient pas l’Afrique, il resterait assez de nourriture pour l’ensemble de leurs effectifs ; mais ce serait très insuffisant en incluant les jeunes de l’année, autant de nouvelles bouches à nourrir.

Une autre cause, à tout le moins un déclencheur, se situe dans la variation de la durée d’éclairement, autrement connue sous le nom de photopériode.

Celle-ci a une influence directe sur la taille des gonades, les glandes sexuelles de l’oiseau.

L’instinct migrateur est nul quand celles-ci sont à leur maximum ou à leur minimum.

L’appel du large se fait entendre quand cette taille augmente ou diminue, deux situations qui correspondent aux migrations d’aller ou de retour.

Il reste encore du pain sur la planche…

Bien des couples se forment en hiver, notamment sur les zones d’hivernage où se retrouvent, par exemple, d’assez nombreux fuligules guidés par la philo patrie.

Mais il va falloir, dans tous les cas, conquérir un territoire, ce qui se fait avec force chants et souvent des querelles parfois assez rugueuses.

On connait bien les leks, sortes d’arènes qui réunissent les combattants variés. D’autres situations comparables se rencontrent chez les Tétras, mais c’est une étape qui concerne aussi bien le plus petit des passereaux.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait, il va falloir séduire.

Le temps des parades et des offrandes est arrivé.

Mais, bien sûr, il va falloir construire un nid. Sauf chez le Coucou, bien entendu.

Le travail des architectes est plus ou moins long et sophistiqué, du simple amas de brindilles à l’ouvrage le plus accompli.

En général, chacun des époux y contribue.

Les accouplements se succèdent jusqu’à ce que la femelle ponde le premier œuf. Ensuite, elle repousse les avances du mâle.

Dans la plupart des cas, chaque parent participe à la couvaison , ce qui nous donne à admirer les relais entre époux.

Il est toutefois des exceptions comme chez les Phalaropes ou encore le Pluvier guignard, espèces chez lesquelles le mâle, pourvu de plaques incubatrices se trouve chargé seul de la couvaison.

Ce ne sont pas, du reste, leur seule spécificité, puisque les femelles sont plus grandes et plus colorées que leur conjoint.

C’est elles qui séduisent les mâles, et elles se montrent assez volages.

Enfin viennent les éclosions.

Un nouveau cycle peut commencer.

Créé le 20/07/2020 par Patrick Fichter © 1996-2020 Oiseaux.net